Techniques d'amélioration des plantes
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"Nouveaux OGM" : l'Anses recommande une évaluation "au cas par cas"
"Nouveaux OGM" : l'Anses recommande une évaluation "au cas par cas"
Publié le mercredi 6 mars 2024 à 18h49
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Dans un avis resté plusieurs semaines confidentiel, l'Anses appelle à la prudence concernant les plantes issues des nouvelles technologies génomiques (NTG), considérées comme les "nouveaux OGM".
C'est un rapport remis fin janvier au gouvernement et resté jusqu'ici confidentiel : plus de 350 pages, à l'intérieur desquelles les experts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) se penchent sur les plantes issues des nouvelles techniques génomiques (NTG). Pourquoi ce document, daté du 24 janvier, a-t-il disparu des radars pendant plusieurs semaines ? Selon les informations du Monde, l'Anses comptait publier son avis début février, mais son rapport aurait été bloqué en raison de "pressions politiques", car il s’oppose à la position défendue par la France au Parlement européen sur ces fruits et légumes génétiquement modifiés.
Rendre les plantes plus résistantes
Considérés en Europe comme de nouveaux types d'OGM, les NTG sont créés grâce à une technique précise de mutation génétique. Des "ciseaux moléculaires" permettent de modifier le génome d'une plante pour la rendre plus résistante par exemple au manque d'eau, aux insectes ou aux maladies, mais aussi pour permettre de meilleurs rendements. Si ces plantes sont manipulées avec prudence, la Commission européenne veut les déréglementer, à la demande des industriels et de pays comme l'Espagne.
Pourtant, l'Anses appelle à la prudence. Son rapport recommande des évaluations "au cas par cas dans une approche graduée", avant toute mise sur le marché, et recommande un "dispositif global de suivi". L'Agence plaide également en faveur d'un "plan de surveillance post-autorisation des risques environnementaux, par un organisme indépendamment" du semencier qui a demandé de mettre cette nouvelle variété sur le marché.
Aujourd’hui, des semenciers travaillent à obtenir ainsi une pomme de terre résistante à un herbicide (pour désherber sans tuer la culture), un blé à teneur réduite en gluten ou une vigne résistante à la pourriture grise. "Des variétés végétales issues de ces techniques sont d'ores et déjà commercialisées dans certains pays, hors Union européenne, et la diversité des variétés NTG pourrait s’accroître, en raison notamment d’une plus grande facilité d’utilisation et du faible coût des techniques CRISPR-Cas", prévient l’Anses.
À écouter : Omerta sur les nouveaux OGM, un rapport scientifique retenu par le gouvernementPlanète verteÉCOUTER PLUS TARD3 min
Un niveau d'exposition plus important
Selon l’agence, "certains risques identifiés pour les NTG ne sont pas radicalement différents de ceux découlant des techniques de transgénèse mais le niveau d’exposition aux plantes obtenues pourrait être beaucoup plus important si l’on considère la diversité des applications possibles." L'idée est donc d'avoir "une surveillance globale sur la santé humaine, sur l'environnement, et plus largement sur une exposition à ces plantes", résume Céline Druet, directrice adjointe de l’évaluation des risques à l’Anses, au micro de France Inter.
Début février, les eurodéputés avaient ouvert la voie à ces "nouveaux OGM", sous conditions. Selon ce texte européen, les règles drastiques encadrant les OGM (études d'impact sanitaire, traçabilité, étiquetage, surveillance...) ne s’appliqueraient pas aux variétés issues des NTG, comme les semences.
Ces "nouveaux OGM" ont leurs partisans, qui considèrent ces biotechnologies indispensables à l'heure où le changement climatique impose de trouver de nouvelles semences. Les opposants, eux, redoutent des effets incontrôlables quand les plantes qui en sont issues se diffuseront dans la nature, ces modifications génétiques pouvant avoir des conséquences sur les plantes poussant dans un champ voisin. Les agriculteurs bio devront-ils payer pour protéger leurs cultures des plantes génétiquement modifiées ? Comment seront tracés ces fruits et légumes ? Quelle transparence pour le consommateur ? Ces questions restent ouvertes.
À écouter : Vers la légalisation des "nouveaux OGM" ?Le zoom de la rédactionÉCOUTER PLUS TARD
4 min
En savoir plus sur les nouvelles techniques génomiques
Retrouvez le thread de l’émission du jour sur le fil X (ancien Twitter) de La Science, CQFD.
Nouvelles techniques génomiques : l’Anses appelle à une réglementation adaptée (Anses, 2024)
Risques liés aux “nouveaux OGM” : l’Anses recommande une évaluation au cas par cas, dans un avis resté confidentiel (Le Monde, 2024)
Nouveaux OGM : des règles assouplies votées en Europe (Reporterre, février 2024)
Avis de l’Académie des technologies sur les Nouvelles Technologies Génomiques appliquées aux plantes (Académie des Technologies, 2023)
"Nouveaux OGM" : que sont les NGT, prônés par certains pour nourrir la planète ? (GEO, 2023)
Risques liés aux « nouveaux OGM » : l’Anses recommande une évaluation au cas par cas, dans un avis resté confidentiel

« Le Monde » a pu consulter l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail sur les nouvelles techniques génomiques. Contrairement à la position du gouvernement, il préconise une surveillance étroite des plantes concernées.
Par Stéphane Foucart
Publié le 05 mars 2024 à 21h01, modifié le 07 mars 2024 à 15h48
Temps deLecture 4 min.
