Quelques ordres de grandeur utiles

Rappel de 4 grands rôles de la MO

  • Améliore la stabilité structurale : la MO limite la battance dans les sols à dominante limoneuse et limite la prise en masse dans les sols à dominante argileuse

  • Contribue au stockage des éléments nutritifs : 1 % de MO = 2meq de CEC

  • Augmente la réserve en eau : 1 unité de MO retient 400 fois son poids en eau.

  • Favorise l’activité biologique du sol (les vers de terres, les insectes du sol, les bactéries, les champignons, etc.) en la nourrisant.

Le rapport carbone sur azote ou C/N

Le rapport C/N est un des indices de qualité des produits organiques. C'est le rapport de grammes de carbone sur les grammes d'azote. En fonction de leur origine, de leur nature et de leur âge, les MO ont des proportions très variables de carbone et d'azote (ainsi que d'oxygène et d'hydrogène).

Ce rapport carbone sur azote est un indicateur de la capacité d'un produit organique à se décomposer.

Lorsqu'une plante ou amendement organique est déposé au sol, il est dégradé par les micro-organismes. Or ceux-ci ont besoin d'azote pour leur constitution.

  • Si le C/N de l'amendement est supérieur à 25, il y a trop de carbone par rapport à l'azote. Les micro-organismes vont puiser dans les réserves du sol au lieu d'en libérer. C'est le phénomène de faim d'azote.

  • A l'inverse, si le C/N est inférieur à 25, les micro-organismes vont libérer l'azote en excès, à disposition des plantes.

Les microorganismes du sol (microfaune) ont eux-mêmes un rapport C/N moyen de 8. Ils consomment les deux tiers du carbone pour l'énergie (celui-ci est alors transformé en dioxyde de carbone) et un tiers pour leur constitution. L'azote est quant à lui presque seulement utilisé pour la constitution (protéine). L'équilibre nutritionnel des microorganismes est donc situé à un rapport C/N de 24. En dessous de ce rapport, l'azote est en excès et sera donc libéré, à la disponibilité des plantes. Au-dessus, de l'azote sera prélevé dans la solution du sol pour subvenir aux besoins des microorganismes. D'où :

  • C/N < 15 : production d'azote, la vitesse de décomposition s'accroît ; elle est à son maximum pour un rapport C/N = 10

  • 15 < C/N < 20 : besoin en azote couvert pour permettre une bonne décomposition de la matière carbonée,

  • C/N > 20 : pas assez d'azote pour permettre la décomposition du carbone (il y a compétition entre l’absorption par les plantes et la réorganisation de la matière organique par les microorganismes du sol, c'est le phénomène de "faim d'azote"). L'azote est alors prélevé dans les réserves du sol. La minéralisation est lente et ne restitue au sol qu'une faible quantité d'azote minéral.

Il est couramment admis que, plus le rapport C/N d'un produit est élevé, plus il se décompose lentement dans le sol mais plus l'humus obtenu est stable.

Rapports C/N de quelques amendements (sources diverses)

Produit

Rapport C/N

Urine

0,7

Jus d'écoulement du fumier

1,9 - 3,1

Déchets d'abattoir mélangés

2

Sang

2

Protéine

3 à 4

Bactérie

4 à 10

Matières végétales vertes

7

Humus, terre noire

10

Compost de fumier après

huit mois de fermentation

10

Gazon

10

Consoude

10

Fientes de volailles

10

Féverole

12 à 15

Déjections d'animaux domestiques

15

Compost de fumier mûr,

4 mois, sans adjonction de terre

15

Fumier de ferme après

3 mois de stockage

15

Fanes de légumineuses

15

Luzerne

16 - 20

Fumier frais pauvre en paille

20

Déchets de cuisine

10-25

Fanes de pommes de terre

25

Compost urbain

34

Aiguilles de pin

30

Fumier de ferme frais avec

apport de paille abondant

30

Tourbe noire

30

Feuilles d'arbre (à la chute)

20-60

Déchets verts de plantes

20-60

Tourbe blonde

50

Paille de céréales

50 - 150

Paille d'avoine

50

Paille de seigle

65

Sarment de vigne

50 à 90

Bois raméal fragmenté

(selon le type de bois et

de diamètre broyé)

60 - 150

Écorce

100-150 (ou 300)

Paille de blé

150 (ou 70 à 100)

Papier

150

Sciure de bois décomposée

200

Sciure de bois feuillus

(jeunes feuilles) (moyenne)

150 - 500

Sucre en poudre

infini (pas d'azote)

Le C/N des plantes

Le C/N augmente avec l'âge des plantes (transformation du carbone minéral (CO2) en carbone organique (sucres)). Les plantes accumulent plus de carbone (qui est produit) que d'azote (qui est absorbé au niveau des racines). Plus la plante est vieille, plus elle aura produit de carbone organique et donc plus son C/N sera élevé. Attention cependant car ce rythme d'accumulation diffère grandement entre 2 espèces végétales différentes.

  • Un produit organique au C/N élevé correspond à une MO à priori jeune.

  • A l'inverse, si le C/N du produit est bas, c'est que les MO sont plus vieilles.

Le C/N des sols

Dans les sols, un C/N élevé peut s'expliquer de 2 façons :

  • Apports récents de MO fraîche avec un C/N élevé : C/N du sol élevé et forte minéralisation.

  • Conditions environnementales défavorables à la vie du sol : pH acide <5, faible température, engorgement en eau, compaction.

Un C/N élevé n'est donc pas forcément signe d'une minéralisation lente, mais plutôt d'une MO jeune ou bloquée dans la minéralisation.

Le C/N élevé n'implique pas non plus une faim d’azote.

La faim d’azote s'explique par des conditions conjointes :

  • Matière organique au C/N élevé.

  • MO très digestibles (ex : couverts végétaux, pailles, etc.).

  • La MO a été intégrée au sol et non laissée en surface.

  • Une quantité d'azote disponible dans le sol trop faible pour nourrir à la fois les plantes et les organismes.

La faim en azote est donc sol et plante dépendante.

A l'inverse, un C/N bas ne fertilise pas toujours bien en azote. En effet, cette fertilisation dépendant de deux conditions :

  1. C/N bas

  2. ET Forte digestibilité du produit organique par les microorganismes du sol. En effet si le produit organique est stable (ex : compost, digestats de méthanisation, etc.), le C/N n'aura pas d'importance sur la disponibilité de l'azote .

AttentionUn C/N bas ne correspond pas toujours à une forte minéralisation

Le fait qu’un C/N corresponde à une forte (et surtout rapide) minéralisation est vrai dans un certain nombres de situation mais pas toutes.

Par exemple, le sucre en poudre est plus dégradable que l'écorce de bois, alors que le C/N du sucre est plus élevé.

Ceci nous amène à comprendre que la dégradabilité d'un produit est conditionnée par ses molécules et non pas par son grammage en carbone et azote. Autrement dit : la disponibilité de l’azote dépend davantage de la localisation de cet élément dans les différentes fractions biochimiques (solubles, hémicellulose, cellulose, lignine) que du rapport C/N global du produit.

C’est pour cela que pour caractériser un amendement, l’Indice de Stabilité des Matières Organiques (ISMO), indicateur créé par l’INRAE, est plus intéressant. Il représente en effet le pourcentage de matière organique stable de l’amendement rapporté à son taux de matière organique totale. Il donne donc une indication sur la quantité de matière organique que l’amendement va apporter au stock humique du sol. Plus l’ISMO est élevé, plus l’amendement sera stable dans le sol, plus le stock d’humus sera abondé.

MéthodeComposter les matériaux trop riches en carbone avant de les épandre a pour effet d’abaisser leur rapport C/N.

Exemple d'utilisation en maraîchage : On mélange 2 brouettes de gazon (C/N = 10) avec 1 brouette de branches broyées (C/N = 70) : Rapport moyen (Rm)= (2 * 10 + 1 * 70)/3 = 90/3=30

ATTENTION : ce calcul n'est valable que si le taux de matière sèche (pourcentage de matière n’étant pas de l’eau) est similaire pour les déchets considérés. Si ce n'est pas le cas, la pondération doit se faire en base à la matière sèche.

Pour généraliser :

Rm = (n1*R1 + n2*R2 + n3*R3)/(n1+ n2 + n3)

Avec Rm le rapport moyen, n1 et n2 les quantités respectives de composants et R1 et R2 les rapports C/N de ces composants.

Taux de C et taux de MO du sol

Le taux de matières organiques représente la proportion de MO dans le sol. On parle généralement du taux moyen sur un horizon 0-30cm de sol. (Il faut d’ailleurs prendre garde à bien mélanger les différents premiers horizons du sol pour faire un prélèvement de sol en vue d’une analyse en laboratoire).

Carbone et taux de MO dans les sols français

Données sur 0-30cm

Quantité de carbone (t/ha)

Quantité de MO (t MS /ha) (MO = 1,72 x C)

Taux de MO (% MO = MO / 3500t de sol /ha)

Moyenne française

43

73

2,1%

Forêt et prairie

80 ± 35

137

3,9%

Vigne et vergers

35

60

1,5%

Grandes cultures

43

73

2,1%

Moyenne 10 fermes MSV Normandie

100

175

5,0%

BRF

Quantités nécessaires

En climat tempéré, un sol autofertile de forêt ou de prairie contient, en moyenne, 8% d’humus sur 30 cm de profondeur. En théorie, la quantité annuelle de BRF à apporter pour atteindre 8% d’humus dans un sol agricole serait de 100m³/ha, soit une couche de 1 cm sur le sol. Cela équivaut également à l’application de 300 m³/ha, soit une couche de 3 cm à renouveler après 3 ans.[11]

Les retours d’expériences préconisent en général :

  • Un volume de BRF de 30 à 300 m³/ha, c'est-à-dire une couche de BRF de 0,3 à 3 cm d’épaisseur. [10]Cette quantité est souvent déterminée par la quantité limitée de bois disponible.

  • Une fréquence de renouvellement de 1 à 10 ans[15], à adapter en fonction des cultures, des sols et des objectifs de production.

Le tableau ci-dessous donne une estimation des volumes de branches coupées, du nombre d'arbres à tailler et du temps de travail nécessaire pour produire un volume de BRF suffisant pour recouvrir sur 3 cm des surfaces de 500 m² et de 1 ha de sols.[2]

Données indicatives issues d'une expérimentation de production de BRF en agroforesterie menée en 2011[2]

Surface à couvrir

(sur 3cm d’épaisseur)

Volume de BRF

Masse de BRF

Volume de branches

Nombre

d’arbres taillés

500 m²

15 m³

3-4 tonnes

30 m³

18-19

1 ha

300 m³

68 tonnes

600 m³

373

Le temps de travail inclue le temps de la mise en tas, du broyage, du transport et/ou stockage et des temps morts (pauses,...).

En maraîchage

L'itinéraire le plus simple, recommandé en maraîchage, est d'appliquer 3 cm de BRF soit 300 m³/ha tous les 3 ans. Pour éviter une faim d'azote (lorsque le BRF est incorporé au sol), une légumineuse autonome en azote, comme la féverole, peut être semée. Une autre solution consiste à doubler la fertilisation azotée des cultures la première année suivant l’application du BRF[11] .

En grandes cultures

En grandes cultures, un apport plus faible de BRF de 40-50 m³/ha est recommandé. [11] Les retours d’expérience recommandent un renouvellement tous les 6 ans car le temps de décomposition peut être long. L’utilisation du BRF en grandes cultures peut poser des difficultés pour l’exportation et la transformation industrielle. Les fragments de BRF non décomposés peuvent être incorporés à la récolte et se retrouvent ultérieurement dans les équipements de transformation (dans les sucreries, dans les brosses pour fibres de lin,…).

Volume de branches récoltées

Le tableau ci-dessous fournit une estimation du nombre d'arbres à tailler et du temps nécessaire pour obtenir différents volumes de BRF (1 et 150 m³ ). Le temps de travail inclut la taille des arbres et la mise en tas des branches.

Données indicatives issues d'une expérimentation de production de BRF en agroforesterie menée en 2011[2]

Volume de BRF

Masse de BRF

Volume de branches

coupées

Nombre d'arbres

taillés

Temps de travail

1 m³

0,2 tonnes

2 m³

2

26 min

150 m³

34 tonnes

304 m³

187

64h12

Estimation de la biomasse

Réflexions sur la faim d’azote

Incorporation Pailles Faim azote

Il est admis et largement vérifié que 1 t de paille incorporée au sol va rapidement mobiliser entre 10 et 15 kg de N/ha d’azote récupérée par des bactéries et des champignons aux C/N assez faibles (entre 5 et 10) pour leur développement. Ils en ont besoin pour constituer leurs ADN et protéines et ils sont beaucoup plus efficaces sur cette ressource rare à cette époque que des jeunes plantules de colza ou de couvert. Bien sûr, cet azote n’est pas perdue et sera redistribuée plus tard, une fois ces décomposeurs morts (renouvellement et manque de nourriture) et consommés par des protozoaires aux C/N beaucoup plus élevés (voisin de 30).

Calculs de coin de table

1 - carbone dans les pailles d’un blé ajoutées au sol : 5 t/ha X 0,45 (teneur moyenne) = 2250 kg de C/ha.

2 - N présent dans ces mêmes résidus : avec un C/N qui est voisin de 100, cela fait 22,5 kg de N/ha dans les pailles.

3 - Si l’on suppose que 30% du carbone est utilisé par l’activité biologique pour sa croissance (constitution) et que les 70% restant sont respirés pour leur métabolisme (énergie) et évacués sous la forme de CO2 (rapport assez stable dans le vivant pouvant s’appliquer aux bactéries comme à une vache) : la biologie de décomposition va donc intégrer au moins 675 kg/ha de C (2250 X 0,30%) dans leur croissance. Ce n’est tout de même pas une paille !

- Si l’on assume que cette biologie possède un C/N de 10 (voisin du C/N moyen de la matière organique du sol), bien que celui des premiers décomposeurs soit souvent inférieur, le besoin en azote pour leur croissance va être d’au moins 67,5 kg de N/ha.

5 - Sachant que la paille va apporter 22,5 kg de N/ha (élément constitutif), le bilan est très déficitaire : 67,5 – 22,5 = 45 kg de N/ha que l’activité biologique de décomposition devra trouver pendant l’été et à l’automne dans les premiers cm de sol et ceci sans stimulation de minéralisation par du travail du sol lorsque l’on est en TCS et à fortiori en SD.

Bien que ce calcul soit assez brut, nous y retrouvons assez facilement nos « billes » ou plutôt nos kilos d’azote ! Par ailleurs, il illustre bien cette sous fertilité chronique qui trop souvent pénalise le démarrage de nos couverts et de nos cultures. Sachant que l’azote n’est que le marqueur de la fertilité globale, cette démonstration démontre parfaitement l’intérêt d’une fertilisation localisée complète, surtout dans ces conditions de post récolte, de sécheresse et de masse de pailles importante à digérer.

Tableau de caractérisation de différentes matières organiques

Tableau de caractérisation de différentes matières organiques

Matière

Densité

Taux matières sèches (%)

C/N

Coût (sans transport) en €/T

Effet auto fertilité

Pas de faim d'azote

Semis

Mécanisation

BRF

0,3

60

50-80

20-40

+++

Epandeur / Désileuse

Paille

0,1 (vrac)

60

50-70

80

++

Epandeur / Pailleuse

Foin

0,1 (vrac)

55

40-60

80

++

Epandeur / Pailleuse

Paillette (lin, miscanthus, chanvre, menue paille)

0,1 (vrac)

60

30-60

20-80

++ (attention, forte épaisseur)

Epandeur / Sableuse / désileuse

Feuilles

0,1

75

20-70

0

++

Epandeur / Pailleuse / Désileuse

Fumier de cheval

0,2

40

20-50

-10 - 0

++

Epandeur / Pailleuse

Fumier de bovin

0,65

25

12-18

0 - 20

Epandeur / Désileuse

Broyat dechet vert

0,4

50

15-30

0-20

++

++

+

Epandeur / Désileuse

Enrubannage luzerne

0,2

60

15-30

80

+

++

Epandeur / Désileuse

Compost déchets verts

0,35

55

10

10 - 20

++

++

Epandeur / Sableuse / désileuse

Compost fumier bovin

0,85

25

10

10 - 20

++

Epandeur / Désileuse

Tonte gazon

0,4

85

10-15

0

++

Epandeur / Désileuse

Fumier de volaille

0,45

50

7-10

0 - 20

++

Epandeur / Désileuse

Lisier

0,7

40

4-9

0 - 4

++

Tonne à lisier

Bouchon organique

0,75

90

4

< 0,2 €/m²

++

A la main / Epandeur à engrais

Urine

1

5

0,8

0

++