Regards critiques

Le Bec Hellouin

SMALL N’EST PAS TOUJOURS BEAUTIFUL : LA PERMACULTURE, UNE NOUVELLE CROYANCE…

Les faits

À l’heure où les débats se concentrent sur la politique de la ville, le monde rural fait état d’un sentiment d’abandon, renforcé d’autant plus par les difficultés que rencontre actuellement l’agriculture française.

Dans l’article « La fierté est dans le pré », publié le 24 mai dans Valeurs actuelles, la journaliste Charlotte d’Ornellas souligne à juste titre ce phénomène. Mais elle semble brosser un portrait pour le moins partiel du monde agricole français, en choisissant deux exemples d’exploitations agricoles au modèle économique bien distinct, dont la ferme biologique du Bec Hellouin (Normandie, Eure) qui pratique la permaculture. Cette ferme ferait actuellement vivre 10 personnes qui y travaillent et consomment ses produits. Un modèle familial, très local, qui prône le retour à des pratiques agricoles anciennes, « à la main », par opposition à l’agriculture moderne, « industrielle », subissant de plein fouet les dures lois du capitalisme.

On pourrait presque croire à cette vision bucolique et désuète, à l’idée qu’un autre monde et qu’une autre agriculture sont possibles, et pourtant…

Décryptage

Le reportage invite à opposer ces deux exemples à l‘agriculture dite industrielle de manière quasi manichéenne. L’expression « agriculture industrielle » est un mot valise, qui a émergé à mesure que les exploitations se sont mécanisées. Connotée négativement, elle entretient la confusion entre les exploitations qui par leur taille, leur spécialisation, leur mode de gestion ou l’origine de leurs capitaux, seraient comparables à des entreprises industrielles, et l’agriculture telle qu’on la pratique en grande majorité en France, qui entretient des rapports étroits avec l’amont et l’aval industriel, mais reste – sauf exception – d’essence familiale. En réalité, les producteurs font simplement partie d’une chaîne de production classique : en amont, ils achètent les intrants, semences, machines dont ils ont besoin (ce sont les facteurs de production), et en aval, leurs produits sont transformés pour être destinés à la consommation.

Dans le premier exemple du reportage de Valeurs actuelles, la dimension d’entreprise est d’ailleurs évidente. Le réseau créé par des agriculteurs de Poitou-Charentes est constitué de 4 magasins avec des surfaces de vente comparables à celle d’une supérette alimentaire (environ 400 m2).[1]

La ferme du Bec Hellouin se targue quant à elle de produire les mêmes quantités sur 1000 m2 de terrain que sur un hectare en agriculture conventionnelle. Une approche qui n’a pas beaucoup de sens en production maraîchère. Sous des serres, la production de tomates est par exemple 5 fois supérieure voire plus à la production en plein champs. En toile de fond, c’est l’éloge du petit, du simple…

La communication savamment étudiée de la ferme du Bec Hellouin omet pourtant des informations essentielles pour qui voudrait se lancer à son tour dans la permaculture. La ferme est en effet aussi un centre de formation -Archipel, nom de la structure juridique-, dont les stagiaires travaillent sur l’exploitation. Elle profite donc d’une main d’œuvre bon marché voire gratuite. Dans le milieu de la permaculture, certaines analyses expliquent les limites de ce système.

 « Après avoir fait mes 2 stages de CCP au Bec Hellouin suivi d’un BPREA, je suis assez d’accord avec l’analyse de Catherine Stevens. On se rend compte en étant sur place que beaucoup de choses ne sont pas dites dans la comm’ réalisée par le Bec Hellouin et que du coup le modèle n’est pas du tout reproductible. Sans de gros moyens financiers de départ, de la main d’œuvre gratuite, et certains arrangements avec les lois (permis, loi sur l’eau, etc.), le projet n’est pas viable. »[2]

Une analyse rapide démontre que ce modèle économique repose pour l’essentiel sur la rentabilité du centre de formation et donc son remplissage, et accessoirement sur la production de la ferme.

Le vrai débat

Consommer en circuit court des produits issus de la vente directe est certes très louable, et certainement possible pour quelques-uns qui savent saisir des opportunités. Mais ce modèle est-il viable pour toutes les exploitations agricoles françaises ?

Depuis quelques années fleurissent des lieux de vente où les producteurs se regroupent pour vendre directement au consommateur. La démarche entrepreneuriale est positive, mais tous les producteurs ne peuvent pas s’y rattacher. Dans le secteur des fruits et légumes, la part de marché de la grande distribution alimentaire est de l’ordre de 66%[3]. Une part importante de la production agricole française est par ailleurs destinée à l’exportation. Par exemple : 40 % de la production laitière, 30 % de la production de pommes et aussi de pommes de terre[4]….De quoi nuancer la vision idyllique du circuit court, souvent présenté comme unique réponse aux difficultés du secteur agricole.

Les agriculteurs sont avant tout des entrepreneurs à titre individuel ou collectif. Une grande partie du discours de l’agribashing consiste à considérer l’agriculteur, non pas comme un entrepreneur libre et responsable, mais bien au contraire à l’enfermer dans une image issue du passé. Ce que nous pouvons reprocher aux agriculteurs et surtout aux responsables agricoles qui s’expriment dans les médias c’est de ne pas poser clairement les enjeux d’entreprise, non pas au niveau global mais au niveau de chaque ferme. Une remise en question serait salutaire pour certaines exploitations, tandis que d’autres auraient bien besoin d’un coup de pouce pour accélérer leurs transformations. Les états généraux de l’alimentation ne sont-ils pas passés à côté de l’élément essentiel : l’entreprise agricole avec ses projets, son positionnement dans la filière… ?

Parlons clair

La permaculture suscite un réel engouement – parfois sans discernement – à tel point qu’elle en devient une croyance. Rien n’empêche d’encourager les modèles de production dits « alternatifs », de les tester et les analyser pour en tirer des leçons constructives et améliorer les pratiques agricoles.[5] Cependant, il faut veiller à la crédibilité des démarches menées et se méfier des trouvailles exceptionnelles comparables au moteur à combustion qui fonctionne avec de l’eau. En économie, comme en physique et certainement en agronomie, il n’y malheureusement jamais de miracle…

[1] Une démarche exemplaire à découvrir http://www.plaisirs-fermiers.fr/

[2] https://jardincomestible.fr/docs/analyse-critique-de-letude-du-bec-hellouin/

[3] Source Kantar issue de l’article https://www.lsa-conso.fr/les-fruits-et-legumes-nouvelle-arme-de-differenciation-des-distributeurs,213312

[4] Données issues de : http://www.franceagrimer.fr/content/download/55721/538802/file/20180301-Pr%C3%A9sentation%20SIA%20-%20international-7(1).pdf

[5] L’étude récente sur un réseau micro fermes spécialisées dans le maraîchage qui invitent à produire autrement est un exemple parlant : http://veille-permaculturelle.fr/sols-vivants/marechage-sur-sols-vivants-etude-technico-agro-economique/

Source : Article publié le 25 MAI 2018  http://stop-intox.fr/small-nest-pas-toujours-beautiful-la-permaculture-une-nouvelle-croyance/

Etude complète de Catherine Stevens 2015 dans BARRICADE

Permaculture et maraîchage biologique, un choix économiquement intéressant ? - Analyse et critique de l’étude menée par la ferme biologique du Bec Hellouin

Réponse L’étude du Bec Hellouin article de « Le sauvage »

L’étude du Bec Hellouin

par François Léger (1), le 1 octobre 2015

Je me permets d’intervenir, gagné par une certaine lassitude sur l’interprétation de ce qui passe au Bec Hellouin, un lieu sur lequel mon équipe de recherche travaille depuis maintenant 5 ans. Je dois avouer que je suis souvent surpris par le décalage qui existe entre les études que nous avons conduites et les commentaires qui en sont fait.

Il aurait fallu être tout à fait stupide pour faire du Bec une référence en matière d’installation agricole ou un modèle de “ferme alternative”. En revanche, il était intéressant d’étudier quelle pouvait être la production accessible sur une surface de 1000 m², avec quel investissement de travail, quels flux de charges opérationnelles et d’investissement…

… Dans le cadre d’un système commercialisant l’essentiel de sa production en circuit court, se revendiquant tout à la fois de la permaculture (pour la conception globale de l’espace cultivé) et des techniques de maraîchage biointensif, éprouvées et bien décrites, en particulier en Amérique du nord (E. Coleman, J. Jeavons, J.M. Fortier…), des sources d’inspiration malheureusement mal connues en France.

Nous avons donc sélectionné, au sein de cette ferme, un ensemble de parcelles cultivées d’une surface de 1000 m², dont 40 % sous serre,  correspondant à des conditions ou des milieux n’ayant a priori rien d’exceptionnel (en termes de conditions écologiques ou d’investissements nécessaires à leur établissement), mais constituant un ensemble cohérent dans le cadre d’un design s’inspirant de la permaculture.

Sur ces 1000 m², l’ensemble des informations relatives aux cultures de légumes (opérations techniques, temps de travaux, flux de matières, charges, natures des investissements nécessaires, récoltes et destination de ces récoltes) ont été mesurés jour après jour pendant 3 ans et demi.

Pour éviter au maximum des biais liés aux particularités commerciales de la ferme, la valeur des produits récoltés a été calculée, chaque fois que cela était possible, en utilisant les prix des mercuriales bio de Normandie (c’est à dire environ dans les deux tiers des cas).

Les résultats de cette étude correspondent donc à un travail de modélisation à partir de données réelles.

Les conclusions sont assez édifiantes :

  • Une surface de 1000 m², en utilisant les techniques biointensives pratiquées au Bec Hellouin, permet, compte tenu des charges opérationnelles mesurées, permet d’assurer la rémunération d’une personne ayant un statut agricole (c’est à dire avec les charges sociales afférentes à ce statut, moins importantes que dans le cas d’un salarié), et ce avec un temps de travail au jardin compatible avec la nécessité d’assurer d’autres tâches (commercialisation, entretien de la ferme…) et d’un mode de vie “normal” dans le monde agricole (soit 45 heures de travail hebdomadaire en moyenne annuelles, avec trois semaines de vacances). Ce niveau de résultat n’est pas accessible dans le cadre des références maraichage bio classiquement diffusées.

  • Néanmoins, pour des raisons d’organisation du travail autant que de construction de l’offre tout au long de l’année, une surface de 1600 à 2000 m² cultivée en légumes à laquelle s’ajouterait une petite production de fruits (arbres et arbustes), travaillée par deux personnes, avec des aides épisodiques (stagiaires ou coup de mains) limitées à 0,3 ETP (2), paraît un format plus réaliste pour garantit la viabilité économique et la vivabilité (conditions de travail, maintien de liens sociaux forts avec le réseau de la ferme) que l’idée d’une ferme de 1000 m² avec une personne seule.

  • La production sur ces 1000 m² permet de produire un nombre conséquent de paniers, forme de commercialisation la plus commune chez ce type de très petit maraîchers bio. Toutefois, il est difficilement envisageable de ne cibler que ce créneau commercial : certains “surplus de production” doivent pouvoir être vendus sur d’autres marchés, boutiques bio par exemple, y compris à des prix moins intéressants. La question essentielle est alors de savoir s’il est possible de “sécuriser” ces marchés additionnels, alors que les apports ne sont pas forcément très importants ni très réguliers et prévisibles… Tout tient alors à la qualité des liens commerciaux / sociaux tissés par les fermiers

  • La garantie de revenu est d’autant plus accessible que le niveau d’investissement est faible. Nous avons fait plusieurs scénarios en la matière, en nous basant sur les données recueillies sur l’ensemble des fermes du réseau avec lequel nous travaillons depuis maintenant 18 mois. Pour s’en sortir, le mieux est de compter sur la récup’, les échanges non monétaires avec des voisins etc… Là encore, la question de l’inscription  dans des réseaux locaux est une clef du succès.

Vous aurez beaucoup plus de ces commentaires et éléments de discussion dans le rapport final de l’étude, que nous (les chercheurs et les gens du bec) allons finaliser début octobre et qui devrait être vite disponible sur le site de la ferme.

Pour conclure, donc trois messages clefs :

  • Les techniques appliquées au Bec Hellouin, le mélange permaculture + maraîchage biointensif auquel les fermiers ont abouti, sont efficaces sur le plan économique et social, et n’exigent pas des apports considérables et constants d’intrants bio (fumier etc.).

  • Il est tout à fait justifié de s’en inspirer pour penser des installations, dans des conditions y compris très différentes que celles qui ont prévalu à la fondation de la ferme du Bec Hellouin, en particulier en termes de capacité d’investissement, ou de “capital social”.

  • Un problème fréquent constaté dans les installations en maraîchage bio est que les “nouveaux” maraîchers n’arrivent pas à assurer techniquement et financièrement au départ, et que cela les entraine dans des spirales de problèmes dont ils ont du mal à se sortir. L’expérience du Bec montre qu’il est possible de commencer petit, ce qui permet de mieux maîtriser la dynamique du projet et d’enclencher une dynamique vertueuse à tous points de vue. Elle montre aussi qu’on peut avoir un intérêt réel à rester petit, pas seulement parce que “small is beautiful” mais parce que la petite taille garantit une plus grande résilience et une meilleure  adéquation sur le long terme de la ferme et de son fonctionnement avec les aspirations économiques, sociales, écologiques et éthiques qui animent les porteurs de projet.

Bref, le Bec Hellouin, en tant qu’entreprise humaine, ne peut en aucun cas être pris comme un modèle à démultiplier.

Mais c’est une source d’inspiration remarquablement riche pour tous ceux qui ont envie de s’engager sur la voie d’une agriculture différente, plus respectueuse des humains et de la terre, à condition d’en réinterpréter les enseignements à l’aune de chaque situation d’installation ou de reconversion**.

Cordialement

François Léger

(1) Agronome, coordinateur de l’étude sur la ferme du Bec Hellouin, UMR SAD BAPT (Unité Mixte de Recherche Sciences Action Développement Activités Produits Territoires de l’Institut National de Recherche Agronomique), Paris, AgroParisTech.

(2) ETP : équivalent temps plein

Mots-clefs : agronomiemaraîchagepermaculture | Catégorie : Compost

Source : https://www.lesauvage.org/2015/10/letude-du-bec-hellouin/

** la mise en gras a été faite pour le cours

Video Atelier Fertile

https://www.youtube.com/watch?v=wJLssuAbQcY&list=PLz6VfehVJtPLDleaUzkGfk8Zo6O20Fkl2

Terre et humanisme

Modèle

S’initier à l’agroécologie : mode d’emploi

Avis aux jardiniers en herbe, aux paysans et aux citoyens curieux : cet été, Basta! vous initie à l’agroécologie. Ou comment apprendre à se passer de pesticides, à dépenser beaucoup moins d’eau, à planter en hiver sans chauffer ses serres, à semer sans payer de redevances à l’agrobusiness, tout en produisant ce que l’on souhaite pour se nourrir. Visitez avec nous la ferme expérimentale de l’association Terre et Humanisme, installée au cœur de l’Ardèche, véritable laboratoire des techniques agroécologiques. Reportage et vidéos.

Un climat rude, des terres arides, criblées de roches. Un sol si difficile à travailler que « les anciens n’y faisaient pousser que de la vigne ». C’est là, au cœur de l’Ardèche, entre Aubenas et Alès, que l’association Terre et Humanisme a décidé d’installer sa ferme expérimentale, le mas de Beaulieu. Depuis 1994, ses animateurs, influencés par le travail du « paysan philosophe » Pierre Rabhi [1], y explorent les chemins de l’agroécologie. Leur défi : restaurer la fécondité et la fertilité de ces sols desséchés.

« C’est dans ce milieu géologique et climatique difficile qu’on apprend le plus de choses », sourit Erik, agronome, en charge des jardins potagers de la ferme. L’agroécologie, c’est tout le contraire de la recherche pratiquée en laboratoire sur les plantes et semences, à coup de manipulations génétiques, de chimie, de pesticides ou de radiations (voir notre dossier sur le sujet). Ici ce n’est pas la terre, la faune et la flore qui sont sommées de s’adapter aux pratiques industrielles. Ce sont les manières de semer, de cultiver et de travailler qui prennent en compte les variations climatiques et les spécificités géologiques. Et cela fonctionne.

Quatre fois moins d’eau que dans l’agriculture intensive

En terme de rendements, la production maraîchère du mas de Beaulieu n’a rien à envier aux productions intensives classiques. Sans recourir aux pesticides ni aux engrais chimiques, en s’appuyant quasi exclusivement sur les énergies renouvelables et tout en puisant « 3 à 4 fois moins d’eau que ce que détermine la chambre d’agriculture comme besoin en eau pour ce type de culture », explique Pierre-François Pret, directeur de l’association.

Les deux tonnes de fruits et de légumes produits par an alimentent les 5 000 repas servis aux visiteurs : la ferme accueille 175 stagiaires et 150 bénévoles chaque année. « Des paysans, des maraîchers, des autoentrepreneurs ou des structures associatives qui proposent ensuite des prestations en jardins partagés ou leurs propres formations », détaille Pierre-François Pret. Ici, point de brevets, de droits de propriété, ou de « certificats d’obtention végétale ». Tout se partage, tout se transmet.

De l’Ardèche au Sahel

Via les formations longues et les stages, l’agroécologie essaime, lentement mais sûrement. « On commence à intervenir dans les lycées agricoles », précise Pierre-François. Terre et Humanisme cultive également la solidarité internationale [2]. Elle travaille en particulier avec des paysans africains au Sahel ou au Cameroun. Là-bas aussi les techniques agroécologiques permettent de s’adapter et de produire là où une mise en culture classique flétrirait. Et ce qui est possible au Sahel est transposable au nord de la Méditerranée.

« On milite aussi pour le retour à une agriculture créatrice d’emplois, avec des circuits courts », rappelle celui qui a été agronome pendant vingt ans en Afrique, d’Action contre la faim à la Commission européenne en passant par le Gret, qui regroupe « des professionnels du développement solidaire ». L’expérience, menée sans aucune aide publique (800 000 euros de budget, 12 salariés) est principalement financée par le livret Agir du Crédit coopératif [3], par les formations et les dons.

Autour du mas de Beaulieu, le sol s’est transformé, la terre s’est enrichie. Rien à voir avec la parcelle voisine, de l’autre côté de l’asphalte, sèche et poussiéreuse. Nous vous proposons une visite en ligne de ce laboratoire de l’agroécologie, en compagnie d’Erik, agronome et salarié de Terre et Humanisme. Ou comment s’initier aux pratiques du compost, du paillage, à la phytoépuration, et apprendre à faire pousser des tomates en plein hiver sans recourir à une source d’énergie externe [4].

Étape n° 1

 Transformer épluchures et feuilles mortes en terreau : le compost

Étape n° 2

 Chauffer sa serre en plein hiver sans dépenser d’énergie

Étape n° 3

 Protéger et restaurer les sols sans engrais chimiques : le paillage

Étape n° 4

 Irriguer en utilisant quatre fois moins d’eau que son voisin

Étape n° 5

 Produire ce que l’on souhaite en protégeant la biodiversité

Étape n° 6

 Assainir et recycler ses eaux grises grâce aux plantes : la phytoépuration

Etape n°7

 L’agroécologie, une démarche éthique globale ?

Texte : Ivan du Roy

Images : Agnès Rousseaux

Montage : Marie-Caroline Durier*

Article Publié dansALTERNATIVES 19 juillet 2012 par Agnès RousseauxIvan du Roy

Source : https://basta.media/s-initier-a-l-agroecologie-mode-d-emploi

Critiques

Visite chez Terre et Humanisme de l'Association Française pour l'Information Scientifique en 2012

Fermes d'avenir

Fermes d'avenir: un échec. Ce ne sera pas le modèle dans les 20 ans à venir pour changer le monde

Pourtant mise en valeur dans le documentaire « On a 20 ans pour changer le monde », les résultats concrets de la Ferme d’Avenir » à Montlouis montrent que le modèle n’est ni reproductible, ni durable.

Publié le 11 septembre 2018 - Par Jean-Yves Chauveau

Depuis quelques semaines, le documentaire « On a 20 ans pour changer le monde » est diffusé dans les salles. Selon la bande annonce « 60 % des sols sont morts et la production actuelle ne nourrit pas la planète. » L’affirmation est surprenante puisque les études internationales indiquent qu’il serait possible de nourrir 9 milliards d’habitants. Une récente étude de l'Inra de Dijon indique que les sols français sont bien vivants et globalement plutôt en bonne santé (Battle Karimi - UMR Agroécologie). Le documentaire affirme aussi que « des hommes et des femmes relèvent le défi et démontrent que l’on peut se passer de pesticides et intrants chimiques pour toute notre alimentation ». Le personnage central du documentaire est Maxime de Rostolan, le créateur de la Ferme d’Avenir à la Bourdaisière, à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire).

En dehors de la formation, de l’activité militante, de la présence médiatique dans les sphères d’influences parisiennes et la proximité avec Nicolas Hulot et Corinne Lepage, est-ce que l’association démontre par des faits ses affirmations ? La référence concrète est la micro-ferme de la Bourdaisière. Sur son site Internet on lit que, à sa création en 2013, l’objectif affiché était de produire suffisamment de légumes avec de nouvelles méthodes pour «  100 000 €/an en année 4-5 et sortir trois salaires ». Les chiffres sur le site de l’association montrent qu’au mieux en 4 ans (en 2016), la vente représente 27 000 € et qu’il a fallu 4,5 ETP (des stagiaires, des bénévoles) pour y parvenir. Soit, en situation économique réelle (coût minimum de la main d’œuvre permanente minoré à 15 €/h), un déficit annuel de 60 à 90 000 €. « Oui, c'est vrai, ça ne marche pas », comme l’avait admis Maxime de Rostolan lors d’une conférence mi-novembre 2017 dans l'amphithéâtre Thélème de l’université de Tours.

Mais malgré cela, surfant sur la vague médiatique, les promoteurs maintiennent leurs certitudes. Au visionnage du documentaire, on comprend que les producteurs bios en place, sollicités par Ferme d’Avenir, restent distants avec l’association. Les producteurs maraîchers bio professionnels vivent (bien obligés), du fruit de leur travail et non d’actions de formation ou de communication. Ils ont une longue expérience technique améliorée d’année en année. L’erreur de départ de Ferme d’Avenir n’est-elle pas d’avoir voulu faire seule, avec des techniques qui relèvent plus du jardinage où le temps de travail ne compte pas ?

La rédaction a analysé plus en détail les quelques chiffres publiés par Ferme d’Avenir sur le résultat économique et le temps de travail. Ils sont à lire sur site http://www.maisondesagriculteurs37.fr en Actualité. Ils sont sans appel : Sous le titre provocateur : un travail à 1, 76 euros/heure, lire l'inventaire des questions avant le visionnage du documentaire (du "panégyrique", à la gloire des promoteurs de Ferme d'Avenir) et leurs réponses dans la version actualisée : à télécharger ici.  On apprend que le passage au bio d'agriculteurs d'Indre et Loire ne s'est pas produit comme prédit dans le film.

Source : https://www.terredetouraine.fr/fermes-davenir-un-echec

« Payculteur »

Positionnement d’InPACT 37 et de ses associations-membres (ADEAR 37, Alter’énergies, ATABLE et GABBTO) sur le métier de payculteur proposé par Fermes d’avenir

Chambray-lès-Tours, le 20 octobre 2016

Cher-e adhérent-e,

InPACT 37 a été sollicité par l’association « Fermes d’avenir » pour intervenir lors de la formation de « payculteur », un nouveau métier imaginé par cette structure implantée à Montlouis-sur-Loire. Nous avons décidé de ne pas y participer. Après avoir rencontré le directeur de Fermes d'avenir et consulté les conseils d'administration de nos quatre associations, il nous a semblé important de vous expliquer les raisons de notre choix, en particulier dans un contexte de forte médiatisation de Fermes d’avenir.

Positionnement d’InPACT 37

Le texte qui suit, cosigné par InPACT 37 et ses associations-membres (ADEAR 37, Alter’énergies, ATABLE et GABBTO) est un appel à prendre de la distance avec un projet ambitieux et séduisant. Celui-ci ne correspond pas à la vision de l’agriculture que nous portons. Le métier de « payculteur » n’est autre que celui de manager de plusieurs fermes, où l’agriculteur resterait cantonné au rang de producteur. Cela nous paraît aller à l’encontre des agricultures que nous défendons et qui promeuvent, entre autres, l’autonomie des agriculteurs et leur liberté de décision.

Si l'urgence écologique et climatique est indéniable et nécessite d'imaginer des innovations techniques dans le monde de l'agriculture biologique, celle-ci ne doit pas se faire sans prendre en compte le cadre économique et social de ces innovations. En effet, la crise écologique dans laquelle nous sommes plongés est le résultat d'un système destructeur des ressources naturelles et humaines.

« Fermes d’avenir » et le métier de « payculteur »

Créée en 2013, l'association « Fermes d'avenir » a pour objectif de promouvoir un nouveau modèle d’agriculture, basé sur les principes de l’agro-écologie, en particulier ceux de la permaculture. Les fermes permaculturelles suscitent un intérêt fort de nos adhérents, des porteurs de projet que nous accompagnons et des citoyens que nous rencontrons. Par leur volonté d'expérimentation technique, l'absence totale de pesticide et d'engrais chimique et la diffusion systématique des résultats, elles participent à un mouvement plus large d'innovation dans le monde de l'agriculture biologique, tout comme nous.

Fermes d'avenir considère que le métier d’agriculteur est trop complexe pour une partie des personnes qui souhaitent devenir agriculteurs. Ils ont donc conçu le métier de « payculteur » en complément de l’activité de production, afin d’alléger le travail des producteurs. Une première session de formation au métier de payculteur a débuté fin septembre 2016.

Le « payculteur » sera un entrepreneur qui coordonnera et mutualisera les fonctions support de plusieurs fermes (au maximum dix), qu’il pourra avoir créées ou déjà existantes. Ses fonctions pourront concerner la commercialisation, la communication, l’accompagnement technique, la gestion des achats, etc.

Ce nouveau métier pourrait être assuré par des entrepreneurs, des agriculteurs désireux d'étendre leurs activités, des agents des collectivités ou des entreprises agroalimentaires, qui souhaiteraient développer de nouvelles filières d'approvisionnement.

Rapport de force et partage de la valeur ajoutée entre « payculteur » et producteurs : des questions sans réponse

Dans le concept de « payculteur », l'agriculteur devient seulement producteur et n’a plus à se poser de questions hormis sur la production. Le statut du « payculteur », celui du producteur et leurs liens réciproques ne sont pas définis. Fermes d’avenir considère que le montage juridique et social entre ces deux personnes, sera négocié au cas par cas, en fonction des besoins et envies de chacun.

Fermes d'avenir n'a pas de réponse à apporter sur les questions que soulève à nos yeux le concept de « payculteur », quant au partage des décisions et de la valeur ajoutée. Ce sont pourtant des points qui nous semblent fondamentaux pour juger du caractère soutenable de ce type de projet.

Le concept de payculteur nous questionne sur l’autonomie du producteur :

  • autonomie de décision : le producteur aura-t-il en main tous les éléments clés de la gestion de sa ferme et la capacité de faire des choix ? ;

  • autonomie économique : quel sera le poids d'un micro-producteur face à son manager-entrepreneur, lorsqu'il s'agira de fixer les prix des prestations et des achats réciproques ?

Il nous semble que le risque de créer un lien de subordination entre le producteur et le payculteur est élevé. Le concept de « payculteur », n'aboutira-t-il pas à une extension au maraîchage bio du modèle de « l'intégration » dont souffrent beaucoup d'éleveurs ?

Faut-il faire tous les métiers pour être paysan ?

La commercialisation, la comptabilité et les autres fonctions support constituent autant de volets du métier de paysan qui rendent complexe l’accès à cette profession. InPACT 37 porte une vision du métier d'agriculteur dans laquelle le paysan est polyvalent et reste maître de ses décisions pour gérer une ferme viable et vivable. Pour nous, être paysan, c'est plus qu'assurer la seule fonction de production. C'est avoir une approche globale d'une activité. Choisir ses circuits de commercialisation, dimensionner et planifier ses investissements, avoir sa propre stratégie de communication, etc. sont autant de fonctions qui ne peuvent pas et ne doivent pas être déconnectées de celle de production. Nous considérons que ces choix stratégiques de gestion d'entreprises sont intimement liés les uns avec les autres.

Pour permettre aux agriculteurs de progresser sur les compétences dont ils ont besoin, nos associations développent des actions de formation et d’échanges de pratiques. Nos associations accompagnent aussi les organisations collectives qui permettent à des collectifs d'être plus efficaces et aux agriculteurs qui le souhaitent de passer moins de temps sur la commercialisation par exemple.

Qu'il choisisse de se former pour les assumer tous ou bien de s'organiser avec d'autres pour en partager ou en alléger la charge, le paysan doit pouvoir faire ses choix en conscience et en responsabilité. Pour cela, il doit être autonome dans sa prise de décision et sur le plan économique.

Évaluer les résultats technico-économiques des expériences en permaculture

La formation de « payculteur » prévoit une initiation à la permaculture, afin d’orienter les producteurs avec lesquels il travaillera vers cette technique de production. L'évaluation technico-économique des expériences inspirées de la permaculture reste insuffisante. Elle ne permet pas encore de prédire la viabilité économique du système très intensif sur de toutes petites surfaces que promeut Fermes d'avenir.

L'expérience la plus documentée en France est celle de la Ferme du Bec Hellouin. Depuis 2007, elle associe une organisation de l'espace inspirée de la permaculture, une très faible mécanisation et une commercialisation en circuits courts. L’institut Sylva et l’unité de recherche SADAPT (Inra-AgroParisTech), en résumé de leur étude menée sur cette ferme, précisent eux-mêmes que les « 1000 m² étudiés ne doivent en aucun cas être considérés comme suffisants pour établir une microferme ». L'étude ne tient pas compte des matières et aménagements fournis par les surfaces agricoles ou naturelles et les bâtiments présents sur la ferme autour de la microsurface étudiée. On ne pourra donc pas conclure de cette étude qu'un faible niveau d'investissement suffit à générer le chiffre d'affaires obtenu sur cette petite surface.

Quant à la microferme de la Bourdaisière, créée en 2014 par l'association Fermes d'avenir à Montlouis-sur-Loire et adhérente de notre réseau, nous en suivons les résultats attentivement. Il paraît encore très tôt pour en tirer des conclusions. En 2015, elle affichait un chiffre d'affaires de 12 700 € (réalisé de juin à septembre) pour des dépenses de 86 000 € qui mêlaient investissements et achats. Les dépenses publiées ne comptaient pas les salaires des 2 ETP salariés, ni les 2 ETP bénévoles qui ont travaillé sur la même période.

Les moyens de communication importants mis en œuvre assurent une médiatisation extrême et attirent une main d’œuvre bénévole ou en formation non rémunérée. Soulignons que le temps et les moyens consacrés à la communication ne sont pas chiffrés dans les résultats publiés et ne seront pas reproductibles lorsqu'il s'agira d’essaimer en de multiples microfermes devenues banales, comme le prévoit le concept de « payculteur ».

InPACT 37 considère que ces références technico-économiques n’apportent pas encore suffisamment de recul. Elles constituent un socle trop fragile pour lancer de nombreux porteurs de projet dans cette direction. Si nos réseaux invitent les agriculteurs et porteurs de projet à se former et à connaître les expérimentations issues de la permaculture, il nous paraît prématuré d'ambitionner le développement d’un nouveau modèle agricole basé sur cette seule approche.

Toutes ces raisons expliquent qu'InPACT 37 et ses associations ont décidé d’écrire ce positionnement commun et de vous en faire part.

Sources : N˚460 • jan.-fév. 2017 Transrural initiatives

La Bourdaisière est-elleune ferme d’avenir ?

Fondateur de Fermes d’avenir, Maxime de Rostolan se frotte aux réalités du terrain et ajuste sa copie.

Il y a quatre ans, Maxime de Rostolan, ingénieur chimiste et titulaire d’un BPREA, lançait le projet Fermes d’avenir, à Montlouis-sur-Loire (37). Objectif : démontrer que « l’agriculture sur une petite surface, inspirée de la permaculture, est rentable », faire en sorte que le métier de maraîcher devienne « désirable » et créer 200 000 emplois d’ici 2025.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Le rendez-vous a lieu, comme en 2014, à la ferme de la Bourdaisière. Les arbres et les cultures ont poussé (6 000 m2 cultivés) et un motoculteur a remplacé les cochons. « Après une approche très inspirée de la permaculture, nous revenons aux fondamentaux du maraîchage », précise Maxime, qui ne travaille plus à la ferme. « Ma contribution est plus utile dans la mise en place des programmes et le lobbying », explique ce communicant hors pair, habitué des ministères.

Des maraîchers salariés

C’est Rachel et Tom, tous les deux en CDI, qui s’occupent des cultures. Ils sont aidés d’un ou deux stagiaires. En 2018, le chiffre d’affaires lié à la production devrait avoisiner 35 000 € (21 000 € en 2017). Il faudrait 80 000 € pour atteindre l’équilibre.

L’objectif de faire vivre trois personnes au bout de quatre ans sur 1,4 ha n’est pas atteint. Pourtant, en tant que salariés de l’association (20 salariés et 1 M€ de budget), les deux maraîchers touchent un salaire d’environ 1 400 € net par mois. Maxime de Rostolan explique les subtilités de ce modèle économique : « Pour parvenir à travailler 35 heures par semaine et sortir un Smic avec une agriculture naturelle, les services éco-systémiques, comme la gestion de la biodiversité ou la séquestration du carbone doivent être rémunérés. » Fermes d’avenir a œuvré pour qu’un amendement dans la loi agriculture et alimentation soit déposé dans ce sens. En attendant, Maxime va à la pêche aux subventions, vers les collectivités ou les entreprises de la filière alimentaire.

Le site a développé une activité de formation et de séminaires (de 30 000 à 40 000 €/an). Les stagiaires sont-ils conscients de la non-rentabilité du système ? Le fondateur se défend de montrer une ferme « exemplaire ». « Nous n’envoyons personne au casse-pipe. Nos chiffres sont transparents et accessibles (1). Notre ambition est de créer des conditions favorables à l’émergence de l’agroécologie dans tous les territoires, grâce au métier de « payculteur », un entrepreneur du territoire. » Cinq fermes en polyculture-élevage (lire p. 25) de plusieurs dizaines d’hectares sont en projet sur ce modèle.

(1) https ://fermesdavenir.org/ferme-de-bourdaisiere/le-projet-la-boudaisiere/quelques-chiffres

Aude Richard

Source : https://www.lafranceagricole.fr/cultures/article/760184/la-bourdaisire-estelleune-ferme-davenir Article réservé aux abonnés Publié le 29 novembre 2018

Et pourtant ...

« On a pour objectif de faire une ferme qui coûte moins cher qu’un tracteur (..) » Maxime de Rostolan

10 fois plus de rendements que l’agriculture classique ? Bienvenue à la ferme de la Bourdaisière.

L’agriculture durable représente un véritable enjeu pour l’avenir de notre planète. Le succès de la permaculture encourage ce changement.

La permaculture comme agriculture d’avenir. C’est ce que proposent les maraîchers-formateurs à la ferme de la Bourdaisière, en Inde-et-Loire. Faire pousser des espèces qui se protègent les unes les autres, c’est faire le pari de la qualité. Découvrons les lieux.

La permaculture est une méthode d’agriculture encore trop méconnue du grand public. Le JT de TF1 vient donc de consacrer un reportage à cette technique durable de pousse des fruits et des légumes respectueuse de l’environnement.

https://www.facebook.com/Permavenir/videos/vb.1122179637810937/1727418570620371/

Cette micro-ferme de 14 000 m² de culture produit une centaine d’espèces associées entre elles selon leurs vertus : certaines plantes attirent les insectes pollinisateurs tandis que d’autres ont un effet répulsif.

Entre les abeilles, les coccinelles et les sauterelles, chacun trouve sa place dans ce petit coin de paradis pour la biodiversité. Cet équilibre naturel ne nécessite plus aucun usage des pesticides.

Grâce aux sols fertiles qu’offre le compost, les rendements sont abondants tout en étant économes en énergie : le profit au m² est jusqu’à dix fois supérieur à une ferme conventionnelle.

Ces méthodes ancestrales prouvent, une fois n’est pas coutume, que c’est en s’inspirant du passé qu’on avance vers l’avenir… Un vrai défi pour les maraîchers de demain et une nécessité pour la régénération de la biodiversité.

Source : https://positivr.fr/permaculture-ferme-bourdaisiere/ Article publié le 31 juillet 2017 par Raphaëlle Dormieu

Une ferme expérimentale bio

L’association Fermes d’Avenir souhaite promouvoir une agriculture maraîchère bio quasiment sans émission de carbone, et prouver que l’agroécologie est aussi, voire plus rentable, que l’agriculture conventionnelle. Pour ce faire, elle a mis en place une micro ferme expérimentale basée dans le domaine du Château de la Bourdaisière, à Montlouis-sur-Loire, près de Tours ; le pari : réussir à créer 3 emplois pérennes sur 1,4ha, dans la perspective de permettre dans les prochaines années, la création de milliers de fermes sur la base des ces « nouvelles » techniques agricoles en périphérie des zones urbaines.

Description détaillée de la Solution

  1. Le contexte et le diagnostic

    La population  mondiale se concentre dans des villes (80% de la population mondiale sera dans de grands centres urbains à la fin de ce siècle), posant deux problèmes : celui de la grande dépendance en approvisionnement longue distance, et celui de la santé des populations et des agriculteurs eux-mêmes: la nourriture proposée actuellement est principalement développée sur les principes d’une agriculture industrielle, faisant appel aux produits phytosanitaires, à la monoculture, la réduction drastique de la biodiversité et appauvrissant gravement les sols.

    Cette agriculture n’est pas « durable », et il nous faut inventer un nouveau modèle d’agriculture. Le projet de Fermes d’avenir est de s’inscrire dans cet objectif de réinvention d’un  nouveau modèle d’agriculture, et de proposer une alternative radicale et positive pour un monde plus résilient, économiquement viable et créateur d’emplois nouveaux.

  2. La solution

    Le projet se développe sur trois axes :

    •  un axe expérimental par la mise en pratique méthodique et scientifique d’une agriculture fondée sur l’agroécologie et la permaculture ; la « micro ferme » expérimentale devant assurer une production maraîchère diversifiée, montant progressivement en production. Premières récoltes en 2014, et obtention du plein rendement pour un équilibre économique prévu pour 2017. Les heures de travail fournies et les résultats sont systématiquement suivis et consignés par deux conseillers en permaculture.  Au fur et à mesure les gestes professionnels clés sont identifiés, et son reportés dans une « boîte à outils » avec vidéos pédagogiques pour diffuser les savoirs et savoir-faire nécessaires en vue de la généralisation du modèle.

    • un axe « recommandations «  à l’usage des élus et dirigeants » qui rassemble les éléments  nouveaux dont ils devront tenir compte pour promouvoir ce nouveau type d’agriculture

    • un axe « accompagnement des porteurs de projet » pour tous les candidats à l’installation comme « agriculteur d’avenir » ou pour des propriétaires désireux d’installer leur propre microferme.

    Cette agriculture ne peut se concevoir que dans un écosystème qui associe les habitants et responsables territoriaux de la région, les circuits de distribution, les industries locales de transformation alimentaire, les professionnels du jardinage,  les systèmes de financement éthiques, etc… L’expérimentation de la Bourdaisière est suivie par des acteurs de ces différents secteurs.

  3. Les résultats et les perspectives : 

    Résultats 2014 et premiers résultats 2015 : 10k€ de CA en 2014 pour la première saison, prévision de 40k€ en 2015

    • Perspectives 2015 – 2017 sur La Bourdaisière : Objectif de 100k€ en 2017 pour atteindre l’équilibre économique.

    • Premiers éléments de développement et de diffusion du modèle : le réseau Fermes d’Avenir se constitue petit à petit grâce à d’autres fermes similaires sur les territoires. Le Concours Fermes d’Avenir permet de financer des projets innovants en la matière…et l’Association prévoit de concevoir 10 nouvelles microfermes en 2016, pour le compte de tiers (collectivités, entreprises et particuliers).

  • Date de lancement :

    • Réalisation engagée depuis 2013

  • Partenaires de la solution :

    • AgroParisTech/INRA, Carbone4,

  • Points de vigilance pour le déploiement de la Solution :

    • formation de candidats à l'agro écologie, et accompagnement des projets

  • Chiffres clés illustrant le déploiement et les résultats de cette Solution :

    • ces éléments sont en développement (montée en puissance du projet entre 2013 et 2016. C'est en 2016 qu''on tirera tous les enseignements chiffrés grâce au travail scientifique en cours, conduit par l'Inra sur place

  • Performances, impacts et résultats :

    • Résultats tangibles dès aujourd'hui : rendements élevés dès la première année; pour la seconde année, les résultats sont en ligne avec les prévisions

    • Résultats tangibles à horizons moyen et long terme : tous les résultats à venir en 2016; à terme, la ferme de 1,4 4 ha doit permettre la création de 3 emplois

Source :https://www.plateformesolutionsclimat.org/solution/ferme-experimentale-bio-de-la-bourdaisiere/

Une Ferme d’Avenir qui peine à convaincre

A Montlouis, la microferme en permaculture de la Bourdaisière est souvent citée en exemple. Mais l’UDSEA 37 parle aujourd’hui d’un “ échec flagrant ”.

C’est une ferme qui veut « cultiver le bon sens ». Depuis quatre ans, le domaine de la Bourdaisière, à Montlouis – célèbre pour son conservatoire de la tomate – accueille, sur 1,4 ha, une micro-exploitation en permaculture.

Ici, pas de mécanisation ni de production intensive à coup de traitements phytosanitaires. Place à l’agroécologie et aux « écosystèmes naturels ». La fertilisation des sols se fait uniquement par la décomposition des matières organiques. Les légumes cohabitent avec les fleurs.

Et il arrive que les cochons soient appelés en renfort pour labourer la terre. « On n’invente rien. On fait juste la synthèse des bonnes pratiques pour rétablir une agriculture de son sens », insiste Maxime de Rostolan, le créateur de cette microferme expérimentale.

Un leurre médiatique

En quatre ans, cet ingénieur parisien – spécialiste de l’eau – est devenu un chouchou des médias. Avec le soutien de Nicolas Hulot et du paysan-philosophe Pierre Rabhi, il a créé le réseau des « Fermes d’Avenir » sur le modèle de celle de Montlouis. Depuis le 11 avril, le documentaire qu’il a inspiré – « On a 20 ans pour changer le monde » – suscite la curiosité au cinéma. Maxime de Rostolan y professe que « l’agroécologie peut être plus rentable que l’agriculture conventionnelle » Mais, aujourd’hui, le premier syndicat des agriculteurs dénonce un leurre médiatique par la voix de son instance départementale (l’UDSEA 37).

Dans le dernier numéro du journal Terre de Touraine, le technicien du syndicat, Jean-Yves Chauveau, décrypte les derniers chiffres d’exploitation de la microferme de la Bourdiaisière. Il en arrive à la conclusion qu’avec un déficit annuel de 60 à 90.000 €, le projet de Montlouis est « un échec flagrant » et que son modèle n’est « ni reproductible, ni durable »« L’erreur de départ de Fermes d’Avenir n’est-elle pas d’avoir voulu faire seulement avec des techniques qui relèvent plus du jardinage où le temps de travail ne compte pas ? », s’interroge Jean-Yves Chauveau.

« C’est vrai, les chiffres d’exploitation de La Bourdaisière ne sont pas bons. Mais, sans les aides publiques, beaucoup de fermes conventionnelles seraient aussi déficitaires », rétorque Maxime de Rostolan en soulignant la « distorsion de concurrence » qui existe aujourd’hui entre l’agroécologie et « l’agriculture chimique ».

L’initiateur de Fermes d’Avenir indique que l’expérience de Montlouis a souffert de mauvaises conditions climatiques et d’un turnover important au sein du personnel. Surtout, il explique qu’une partie du déficit est liée à la rémunération des salariés de la microferme.

« Le capital d’une ferme ne doit pas seulement être financier mais aussi naturel et humain, clame-t-il. Ce qui ne fonctionne pas aujourd’hui dans l’agriculture, c’est le modèle industriel qui détruit les insectes, les animaux sauvages et les emplois. »

Source : https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/commune/montlouis-sur-loire/une-ferme-d-avenir-qui-peine-a-convaincre

Articule publié le 14/06/2018 par Pascal DENIS Journaliste, responsable de la rédaction d'Indre-et-Loire

Mais

Réponses de Fermes d'avenir

DE LA VIABILITÉ DES MODÈLES

La Ferme de la Bourdaisière, particulièrement exposée dans les médias depuis sa création en avril 2014, suscite régulièrement, et à juste titre, des questionnements relatifs à sa rentabilité financière.

Un article récent avait pour titre ‘Ferme d’Avenir, un échec non assumé’ et visait à démontrer que le modèle n’était pas viable.

Voici une réponse que nous avons adressée au journaliste et que nous publions ici à des fins de clarification.

Pour mémoire, nous partageons, saison après saison et en toute transparence, le chiffre d’affaires de cette ferme de 1,4ha à cette page.**

 

« La ferme de la Bourdaisière a été conçue dès le départ comme une ferme expérimentale. Après quelques saisons, nous nous sommes rendus compte que l’objet de cette ferme ne pouvait pas seulement se cantonner à la démonstration de sa viabilité économique via la vente des fruits et légumes produits sur la ferme. En effet, différentes contraintes et opportunités nous ont amenés à repositionner le rôle de la ferme :

  • l’impossibilité de construire un bâtiment professionnel (la ferme se situe dans l’enceinte d’un château classé et l’infrastructure envisagée initialement et provisionnée dans le plan initial aurait coûté, après les préconisations des ABF (Architecte des Bâtiments de France) plus de 2 fois le budget imaginé) ;

  • le besoin de déployer des expérimentations techniques grandeur nature (cave semi-enterrée, serres mobiles, serres bioclimatiques, etc.) ;

  • l’afflux de visiteurs et les nombreuses demandes de formation.

 

Le projet a donc été réorienté pour maximiser son impact et sa contribution à la transformation de l’agriculture notamment en favorisant le partage de nouveaux savoir-faire au plus grand nombre.

 

En pratique sur 2017 nous avons accueilli plus de 200 personnes en formation, 4 séminaires d’entreprise et réalisé 34 visites. En tout ce sont plus de 1 500 personnes qui sont venues à la Ferme de la Bourdaisière l’année dernière. La production a représenté un CA de 20 000 € et la formation et les visites ont représenté un CA de 40 000 € correspondant au temps passé par les maraîchers pour préparer et animer des pratiques et interventions à la ferme.

 

La ferme poursuit désormais 3 objectifs principaux :

  • Produire des produits bio de très grande qualité

  • Servir de support à des formations, visites et séminaires

  • Être un support d’influence et de communication

 

Ce sont ces revenus diversifiés qui vont permettre l’équilibre de cette ferme laboratoire. Son rôle est complémentaire à celui d’autres fermes purement productives.

 

L’immense majorité des fermes, qu’elles fonctionnent en agroécologie ou non, génère bien entendu leur chiffre d’affaires exclusivement par la vente de leurs productions. Nous n’avons de cesse de nouer des liens avec certaines d’entre elles, par le biais des Concours Fermes d’Avenir (dont vous pouvez découvrir les lauréats sur cette page ou celle-ci), du Fermes d’Avenir Tour (plus de 220 fermes visitées), des programmes compagnonnage ou comptabilité 3K, et c’est fort de ces retours d’expériences que nous sommes convaincus du bien-fondé de notre démarche et du modèle que nous promouvons.

 

S’il est aujourd’hui impossible d’affirmer que l’agriculture intensive et chimique est rentable (61 % des exploitations auraient eu un résultat courant avant impôt négatif sans les aides de la PAC[1]), il est désormais bien établi que des microfermes maraîchères agroécologiques peuvent trouver leur viabilité économique (cf. la thèse soutenue en 2016 par Kévin Morel à Agroparistech/INRA voir ce lien ou la performance économique de Jean-Martin Fortier au Québec à la Ferme de la Grelinette).

 

Du reste, les missions de Fermes d’Avenir ne se résument pas à la Ferme de la Bourdaisière : cette expérimentation est le projet originel, mais nous agissons désormais sur 4 axes : Production, Formation, Financement et Influence. Nous vous invitons à parcourir l’ensemble de notre programme d’actions sur notre site internet.

Permettez-nous également d’apporter quelques observations sur des points inexacts de l’article ‘Ferme d’Avenir, un échec non assumé’ :

1/ L’hypothèse de chiffres de jours de stagiaires est biaisée à différents niveaux. En 2017, nous avons reçu l’équivalent temps plein de 2 stagiaires sur l’année. Les personnes accueillies sont de niveaux et de profils variés. Parfois, elles n’ont aucune expérience, souhaitent découvrir le métier ou tester leur motivation pour une reconversion professionnelle. Le temps passé à leur accompagnement coûte finalement plus cher que la valeur ajoutée qu’elles génèrent. Mais c’est pour nous un choix assumé : nous encourageons vivement les nombreuses personnes qui nous sollicitent à tester leurs envies de nature sur le terrain avant de s’engager dans la création de fermes.

 

De fait, le calcul effectué occulte deux typologies de temps passé par les maraichers à des activités non rémunérées directement :

  • Le temps où les maraîchers forment et accueillent des personnes sur la ferme : ce temps pédagogique a une vraie valeur pour créer des vocations chez les stagiaires, pour changer le regard des visiteurs sur l’agriculture

  • Le temps de travail en équipe au sein de l’association, la contribution aux autres projets de Fermes d’Avenir (comme les visites pédagogiques ou le suivi de la comptabilité en triple capital) qui n’existe pas dans une exploitation habituelle

 

Enfin, la déclaration suivante : « Un travail équivalent à 1,76 €/heure », provient d’un calcul fictif et renvoie un message trompeur en laissant croire que l’on rémunère les personnes à ce prix. Or, Fermes d’Avenir prend le parti du salariat (le SMIC au minimum et des horaires légaux, 35h/semaine et heures supplémentaires payées) dans un secteur où les maraîchers sont généralement indépendants et seuls à supporter les investissements et les risques.

 

2/ Nous ne cherchons pas à généraliser cette expérimentation en l’état, ni à “imposer une méthode” : notre ambition est de mettre en lumière des modèles vertueux, qui font écho à de nombreuses initiatives diversifiées partout en France. Les agriculteurs peuvent s’en inspirer…ou pas !

 

En conclusion, nous savons que la permaculture n’est pas une formule miracle, mais nous sommes persuadés qu’elle constitue une source d’inspiration pertinente, même dans des activités agricoles professionnelles.

Pour que l’on ne puisse plus jamais constater, à regrets, que les agriculteurs vivent parfois avec 350€/mois alors qu’ils ne comptent pas leurs heures, il nous semble que les sources et modèles de revenus devront évoluer, notamment en intégrant une rémunération pour les services écosystémiques rendus : entretien de la qualité de l’eau, régénération des écosystèmes et de la biodiversité, séquestration du carbone, préservation de la santé des citoyens, création de dynamiques rurales.

 

Fermes d’Avenir, qui défend plusieurs amendements en ce sens, croit profondément que la meilleure voie pour trouver la résilience et la ‘viabilité’ sur le long-terme consiste à intégrer dans la comptabilité, en plus du simple capital financier, les capitaux naturel et humain.

Analysé par ce prisme intégral, il ne fait pas de doute que l’agroécologie est bien plus pertinente et rentable que l’agriculture chimique intensive. »

[1] http://www.senat.fr/rap/r16-672/r16-672_mono.html, en I-A-2

Source : https://fermesdavenir.org/viabilite

** La page pointe en réalité sur l'article suivant : FERME DE LA BOURDAISIÈRE : UNE PAGE QUI SE TOURNE

FERME DE LA BOURDAISIÈRE : UNE PAGE QUI SE TOURNE

La Ferme de la Bourdaisière  est le projet originel de l’association Fermes d’Avenir, celui par lequel tout a commencé…

Les enjeux de ce projet étaient triples :

  1. Prouver, par la pratique, que l’agroécologie n’est pas moins rentable que l’agriculture dite conventionnelle, et que les agriculteurs peuvent en vivre dignement,

  2. Comprendre et évaluer les freins juridiques (nature des baux, droit social, fiscalité…) qui empêchent les porteurs de projets d’avancer dans un contexte national contraignant,

  3. Mesurer les externalités positives selon 6 approches (agronomie, environnement, santé, éducation, emploi, économie territoriale) – et rendre compte de la réelle valeur créée par les nouvelles fermes agroécologiques. L‘un des points majeurs demeure l’estimation de l’évaluation conjuguée de ces externalités positives avec la rémunération des services écosystémiques, ou l’application du principe du pollueur-payeur.

La Ferme de la Bourdaisière a donc été conçue, dès le départ, comme un projet expérimental et démonstratif. En observant sa mise en place, en écoutant les besoins des porteurs de projets de passage sur le site, et en nous confrontant à d’autres fermes, nous avons poursuivi l’aventure en créant l’association Fermes d’Avenir et développant différents programmes pour répondre aux différentes attentes :

  • Nous avons développé des formations adaptées et des supports pédagogiques, jusqu’à un module dédié à la comptabilité en multi-capitaux pour rendre compte de la réelle performance des exploitations.

  • Face au besoin de se former sur le terrain, avant installation, dans des fermes exigeantes sur le plan environnemental et social, nous avons conçu le Programme Compagnonnage.

  • Face au manque de financement pour les fermes : nous avons organisé un concours national (qui a permis de distribuer près de 1,5 millions d’euros à près de 170 porteurs de projet), et avons valorisé le financement participatif avec la plateforme Bluebees.

  • Face au manque de reconnaissance des agriculteurs engagés : nous avons organisé le Fermes d’Avenir Tour avec la rencontre de 200 fermes en France, et mis en avant des portraits inspirants.

  • Face au manque de compréhension des leviers à la main des décideurs politiques et économiques : nous avons diffusé un plaidoyer avec un regard plus politique, plus militant, mettant en lumière une agriculture humaniste et innovante, l’agroécologie et l’agroforesterie et leurs valeurs ajoutées pour les citoyens et les territoires.

  • Par ailleurs, les deux derniers enjeux du projet, tout aussi fondamentaux que le premier, ont fait l’objet de deux rendus avec les Cabinets Carbone 4 et Auxilia, suivis d’amendements proposés lors des Etats Généraux de l’Alimentation.

Cette aventure est donc avant tout un succès compte tenu de ce qui a été démontré et achevé. Les différents retours d’expérience – tant positifs que négatifs – ont tous été riche d’enseignements : en plus d’être un formidable terrain d’observation qui a permis de concevoir tous les programmes ci-dessus en 5 ans, la ferme de la Bourdaisière, avec la pratique du maraîchage bio et diversifié, nous a permis de nous confronter aux contraintes et opportunités suivantes:

  • L’impossibilité de construire un bâtiment professionnel pour laver et stocker les produits (la ferme se situe dans l’enceinte d’un bâtiment classé aux Monuments Historiques et l’infrastructure envisagée initialement aurait coûté plus de 2 fois le budget prévu);

  • Le déploiement d’expérimentations techniques grandeur nature (cave semi-enterrée, serres mobiles, serres bioclimatiques, etc.) qui ont montré la capacité à s’équiper en réduisant le recours aux énergies fossiles, mais avec parfois des limites sur le plan pratique;

  • Le modèle en salariat, qui était un postulat de départ, s’avère rare dans le maraîchage traditionnel pour une ferme en cours d’installation. Il impose des horaires réglementés (35 heures hebdo), implique des charges sociales importantes, dans le respect total du droit du travail, et le paiement des heures supplémentaires majorées. De plus la ferme expérimentale exige des compétences multiples qui rendent le recrutement plus sensible (capacités en production, commercialisation, pédagogie, mais aussi innovations techniques et recherche de financement) ;

  • L’afflux de visiteurs et les nombreuses actions de formation impactant le rythme de la production (en moyenne annuelle sur 2017 et 2018, nous avons accueilli 200 personnes en formation, réalisé une trentaine de visites en petits groupes, et animé quelques séminaires d’entreprise). Ces actions font partie du projet social de la ferme, mais se révèlent difficilement conciliables avec des objectifs de rentabilité et de reproductibilité de la ferme.

Dans ce contexte, nous sommes allés au bout de l’expérimentation et nous avons choisi de clore l’activité de production maraîchère sur le site de la Bourdaisière. Nous nous concentrons désormais sur les fermes agro-écologiques qui, dans un contexte différent, prouvent leur triple performance : sur le plan économique, environnemental, et social.

 

Concernant la rentabilité économique :

S’il est aujourd’hui impossible d’affirmer que l’agriculture intensive et chimique est rentable (50 % des exploitations françaises auraient un résultat courant avant impôt négatif sans les aides de la PAC*), il est désormais bien établi que des microfermes maraîchères agroécologiques** répondent à cette triple performance. Nous travaillons avec plusieurs d’entre elles, par le biais notamment des Concours Agriculteurs d’Avenir, du programme Compagnonnage ou de Blue Bees. Ces fermes sont multiformes (elles peuvent sortir un revenu avec 2000m² ou 2ha cultivés), suivent des voies techniques diverses (issues de la permaculture, du système bio-intensif, du maraîchage sur sols vivants, etc..) et définissent leur propre curseur entre les exigences de rentabilité économique, le temps et l’ergonomie du travail, et les choix de commercialisation. Sans être expérimentales, elles peuvent diversifier leurs sources de revenus (tourisme, formation), mais vivent principalement de la vente de leur production agricole (en produits bruts ou transformés). Il n’existe donc pas un modèle unique de viabilité économique, mais au contraire une diversité de modèles, tous adaptés à un contexte spécifique (de conditions agronomiques, de type de productions et services dérivés, de conditions de vente, de compétences de l’agriculteur, etc). Nous pensons désormais que nous accélèrerons davantage la transition agroécologique en relayant cette grande diversité de fermes, en transmettant au plus grand nombre les conditions de réussite et les points de vigilance, en documentant les expériences réussies et en aidant leurs modèles à se répliquer.

Depuis la création de Fermes d’Avenir, nous avons contribué à populariser les termes de permaculture et d’agroécologie, à rendre le métier d’agriculteur désirable, à inspirer une nouvelle génération de porteurs de projets. La ferme de la Bourdaisière a entraîné un effet multiplicateur considérable. Nous continuons à le faire en nous appuyant sur ces nombreux exemples partout en France, à travers nos activités de conception de fermes (comme la Ferme du Perche de 5 ha, ou la grande Ferme de l’Envol de 75 ha en Essonne sur un modèle de polyculture-élevage diversifié en agriculture biologique), de formation, de financement et d’influence.

 

Que devient la ferme et ses fermiers ?

Les deux maraîchers salariés (Rachel et Corentin) vont s’installer sur leur propre ferme dans les prochains mois (en Touraine et en Mayenne). Les précédents salariés de la ferme (Grégoire, Benjamin, Nicolas) sont également installés.

Une prochaine étape consistera à faire évoluer le modèle de la microferme maraîchère à la Bourdaisière en un lieu explorant:

  • Un démonstrateur en agroforesterie comme opportunité à moindre contrainte pour les villes et les espaces non arborés (prairies ou gazons autour des usines, dans les parcs…)

  • La production de tomates bio et de plantes aromatiques en vue de leur transformation (comme une méthode production-transformation-valorisation) en cohérence avec le Conservatoire de la Tomate. Ces programmes sont encours d’étude.

La Bourdaisière reste un lieu historique de nos formations et nous continuerons à prendre appui et à développer des partenariats avec des fermes de la Région Centre Val de Loire pour illustrer des modèles durables et diversifiés, en complément de nos actions en Normandie et en Ile de France.

Source : https://fermesdavenir.org/ferme-de-la-bourdaisiere-une-page-qui-se-tourne