Les moyens de lutte

Le problème de la maîtrise de l’enherbement est une préoccupation majeure en maraîchage biologique et il existe aujourd’hui de nombreuses méthodes pour le résoudre. Certaines peuvent être mises en place seules, mais la plupart se complètent.

La méthode de gestion des adventices envisagée doit être adaptée au système de production considéré et notamment à la taille de l’exploitation. En effet, sur des surfaces importantes, il parait difficile d’envisager les mêmes stratégies que sur petites surfaces en particulier du fait de la contrainte de temps. De même le coût, la ressource en mains d’œuvre ou encore l’impact environnemental (pollution, consommation de carburant) sont des paramètres à considérer lors du choix de la stratégie de gestion des adventices.

D’autre part, pour optimiser la gestion des adventices, il faut connaitre leur cycle de développement (annuelle ou vivace) et leur mode de multiplication. Ainsi, dans le cas des espèces à multiplication végétative (chardons, liserons, rumex, chiendent…) il est préférable de privilégier les outils à dents et surtout éviter les outils rotatifs qui sectionnent les racines et donc accélèrent leur prolifération.

Enfin, il faut bien connaitre les différents stades de développement de la culture et des adventices afin de favoriser une destruction la plus précoce possible (une plantule étant plus facile à détruire qu’une plante adulte est bien enracinée).

Méthodes préventives

La rotation

L'espèce cultivée a un fort impact sur la composition de la communauté d'adventices : certaines espèces sont fréquemment associées à une culture donnée. En effet, les cultures sont généralement dominées par des adventices dont la saison de germination est similaire à la saison de semis de la plante cultivée (automne, printemps ou été). En outre, les cultures pérennes (Artichaut) présentent une plus grande proportion d'adventices pérennes que les cultures annuelles.

Les adventices germant principalement à partir de la banque de graines constituée pendant les 2 ou 3 années précédentes, la composition de la rotation est le levier agronomique majeur permettant de contrôler la composition de la communauté d'adventices et d'empêcher l'implantation d'une flore adventice très spécialisée vis-à-vis de la culture et donc très compétitive.

La composition de la rotation culturale conditionne également les pratiques agricoles : des successions de cultures différentes permettent de varier les méthodes de gestions des adventices utilisés (paillage, buttage, binage…). Ainsi en faisant succéder une culture nettoyante (pomme de terre) après une culture salissante (ex : carotte) on facilite le contrôle des adventices à l’échelle de la rotation.

Utilisation d’engrais vert

L’utilisation d’engrais verts à croissance végétative rapide permet d’étouffer les adventices soit par concurrence directe (Bracicacées, Sorgho), soit par sécrétion de toxines inhibant leur germination et leur développement (Seigle, Sarrasin). Certains engrais verts agissent contre une espèce en particulier, tandis que d'autres vont pouvoir être utilisés afin de réduire l'ensemble du stock de la flore adventice présente.

Le repiquage au lieu du semis direct

Le repiquage permet de mettre en place, sur un sol nu et propre, à une densité choisie et régulière, une plante déjà développée. La culture bénéficiera alors d’une avance sur les adventices qui germeront par la suite et qu’elle pourra étouffer. Par ailleurs, cette technique facilite la pratique du faux semis mais n’est pas toujours possible selon les espèces (carottes, radis…).

Limiter les sources de dissémination

Cela passe en premier lieu par la destruction des plantes avant la montée à graines dans les zones enherbées, les bandes fleuries et en fin de culture.

Les amendements organiques (paille, fumier…) constituent également une source de graines. Pour limiter ce risque, il est recommandé d’utiliser du fumier composter (le compostage diminue la capacité germinative) ou de la paille en mulch (éventuellement triée).

Pour les vivaces veiller à ne pas fragmenter les organes de multiplication

Le choix de l’écartement des rangs

Il est important de déterminer la disposition de la culture et notamment la distance de l’inter-rang en vue de la gestion de l’enherbement. En effet, plus d’inter-rang est resserré, plus la canopée de la culture se formera rapidement, limitant ainsi le développement des adventices. Cependant, la largeur de l’inter-rang est également conditionnée par les outils qui seront utilisés par la suite pour désherber la culture.

En ce qui concerne la densité de semis, il s’agit de trouver un compromis entre lutte contre les adventices, bon développement de la culture et facilité de récolte. Un semis dense limite le développement des adventices mais peut également nuire au développement de la culture elle-même et rendre la récolte pénible. Il faut également être vigilant en ce qui concerne les maladies car un semis trop dense peut créer un milieu favorable au développement de celles-ci.

Le travail du sol

Le travail du sol modifie la répartition des graines dans le sol. Le semis direct ou le travail du sol sans retournement entraînent une accumulation des graines dans les premiers centimètres du sol. Elles ont alors une forte probabilité de germer. Mais, elles sont également plus exposées à la prédation, ce qui entraîne une décroissance plus rapide du stock semencier. Cela favorise les graines sans dormance ou de faible longévité.

En revanche, en cas de labour avec retournement, les graines sont distribuées de manière homogène dans le profil. Leur probabilité de germination est plus faible mais elles peuvent conserver leur capacité germinative plusieurs années et germer si le sol est à nouveau retourné. La pratique répétée du labour favorise les graines à dormance longue ou de forte conservation.

Un léger travail du sol (déchaumage superficiel, par exemple) permet de provoquer la germination des graines présentes en surface, qui peuvent ensuite être détruites mécaniquement. C’est ce qu’on appelle le faux-semis. Cette technique bien que très utile pour limiter le stock de graines, présente néanmoins quelques difficultés : nécessité de s'y prendre à l'avance, nécessité d’avoir un sol humide mais sans excès, condition météorologique favorables. De plus, elle ne fonctionne que pour les espèces annuelles. Les vivaces ne sont pas détruites.

Le choix du système d’irrigation

Le choix du système d'irrigation est à réfléchir en lien avec la gestion de l'enherbement. L’irrigation doit être déclenchée au moment où la culture en a le plus besoin en veillant à ce qu’elle ne soit pas trop favorable au développement des adventices.

Voici les principaux avantages et inconvénients des modes d’irrigation (goutte-à-goutte et aspersion) :

Principaux avantages et inconvénients des modes d’irrigation (goutte-à-goutte et aspersion)

Barrière physique

L’occultation

Avant la mise en culture, le sol est couvert d’une bâche opaque. Les adventices sont ainsi détruites par l’absence de lumière. Pour être efficace, le sol doit être humidifié avant la pose de la bâche et elle doit rester en place au moins 4 semaines. Cette méthode a une bonne efficacité dans le contrôle des annuelles mais faible ou nulle pour les vivaces (à moins de laisser l’occultation en place plusieurs mois).

La solarisation

Cette technique consiste à couvrir d'un film plastique transparent le sol saturé d'eau, pendant un mois et demi, en été, afin d'élever sa température. De cette manière, les pathogènes du sol, les nématodes ainsi que les graines d’adventices sont détruits (les annuelles mais pas les vivaces). Toutefois cette méthode est surtout appliquée pour les cultures sous serre.

La désherbage à la vapeur

Le principe de base est d'élever la température du sol entre 85 et 90°C par injection de vapeur à 180°C. Cette méthode, autorisée par le CDC AB européen, permet de détruire les graines d'adventices (les semences étant détruites à 75-80°C) mais aussi certains pathogènes du sol. Malheureusement elle n'est pas sélective, et est coûteuse en énergie.

Complément

Une analyse comparée de la solarisation et du désherbage vapeur sur la biodiversité a été réalisée par le CIVAM Bio09 et est disponible ici : https://www.produire-bio.fr/articles-pratiques/pratiques-de-desherbage-biodiversite-sols-analyse-de-2-pratiques/

Globalement, ces méthodes impactent vers de terre et biomasse microbienne.

Le paillage plastique

Il existe différents types de paillages plastiques : polyéthylène, biodégradable, toile tissée… Ils forment une barrière physique qui empêche les adventices de pousser. La toile tissée est plus solide et est réutilisable à l’inverse des autres matériaux.

L’utilisation de ce type de paillage nécessite du matériel spécifique pour sa mise en place (dérouleuse)

Le paillage organique (ou mulching)

Cette technique consiste à épandre sur le sol une couche régulière d'un matériau homogène tel que : la paille, feuilles sèches, BRF, tonte de gazon, foin…

En plus d’avoir une fonction de gestion des adventices, ces mulchs permettent d’amender le sol et de réduire l’évapotranspiration. L’efficacité sur les vivaces reste cependant limitée. Et la présence du much peut favoriser la prolifération des mulots. De plus, il faut que l'épaisseur de la couche soit suffisamment importante (environ 8 à 10 cm) et surtout que le paillage soit appliqué sur un sol dépourvu d’adventices.

Le choix du matériau utilisé peut avoir un effet délétère sur la nutrition azotée de la culture s’il n’est pas utilisé au bon moment. Les matériaux ayant un C/N élevés (BRF, feuilles…) risquant de créer une faim d’azote, il est préférable de ne les utiliser qu’à partir du mois de juin ou sur culture déjà installée. Pour limiter cet effet, il est possible de combiner plusieurs matériaux (plus ou moins riches en C et en N). Exemple : du BFR et du fumier.

Complément

Le paillage par un feutre de laine

https://www.ardelaine.fr/145-Jardinage-bio-fabrication-francaise-pure-laine

Avantage non négligeable, la laine brute sert de barrière anti-gastéropodes.

Complément

Complément« Broyeur » manuel

BROYEUR MANUEL - HACHE PAILLE - K-TCHAKInformations[4]

https://www.youtube.com/watch?v=cSAeucpErNM

Méthodes curatives

Désherbage mécanique

Le désherbage mécanique est une méthode incontournable en agriculture biologique.

Outre sa fonction de lutte contre les adventices, il permet l’amélioration et l’entretient de la structure du sol, favorise la circulation de l'eau et l'activité biologique du sol. En désherbage mécanique, les adventices peuvent être détruites de trois façons différentes:

  • Sectionnement des racines,

  • Arrachage des plantules,

  • Recouvrement de la plantule.

Il existe de multiples outils permettant de réaliser un désherbage mécanique :

Désherbage manuel

A la main ou avec de petits outils, cette méthode bien que chronophage reste très efficace. Sa réalisation n’est envisageable que sur petites surfaces. Cependant, de façon ponctuelle et localisée, le désherbage manuel peut permettre le contrôle d’adventices à des stades développés.

Bineuse animée ou bineuse tractée

Elle peut être équipée de différents outils (dents, fraises, outil rotatif…). Son passage permet de déraciner les plantules d’adventices situées sur l’inter-rang. L’objectif est donc de passer le plus près possible du rang. L’utilisation de ce type d’outil est adaptée à de grandes surfaces mais nécessite une certaine précision et une culture régulière (largeur d’inter-rang régulière) pour ne pas endommager la culture en place. Le binage permet également d’aérer le sol et de le réchauffer en particulier au printemps. Son utilisation peut être combinée à un apport de fertilisant qui sera alors incorporé dans les premiers centimètres du sol.

Herse étrille

Cet outil est équipé de dents qui griffent le sol et permettent de détruire les plantules d’adventices et d’aérer le sol. Le désherbage est alors effectué sur l’inter-rang mais aussi sur le rang. De ce fait, pour éviter d’endommager la culture, il faut attendre que celle-ci soit suffisamment enracinée. Le hersage est efficace contre les annuelle mais peu ou pas contre les vivaces.

La herse étrille convient bien à la destruction d’un faux semis.

Le motoculteur

Le passage des fraises permet de désherber l’inter-rang mais moins rapidement qu’une herse ou une bineuse. Comme pour la bineuse, il est également possible de combiner le désherbage au motoculteur avec l’incorporation de fertilisants. En sol limoneux, son utilisation avant une pluie favorise la battance.

Le robot désherbeur

Ce matériel ce développe de plus en plus ces dernière années. Il permet un désherbage de l’inter rang mais également du rang. Cependant il reste encore très onéreux (environ 20 000 €).

Désherbage thermique

Le désherbage thermique ou brûlage consiste à exposer les jeunes feuilles d'une plante à une température supérieure à 70 °C (température de coagulation des protéines) pendant une seconde. L'efficacité sur les plantules d’adventices sera d'autant plus importante que l'on interviendra à un stade jeune (stade cotylédons). Cette méthode permet le contrôle des adventices avant l’implantation (ou avant sa levée) de la culture. Elle est donc adaptée à la destruction d’un faux semis. Très utilisée pour le désherbage des carottes. Dans ce cas penser à faire un semis témoin !

Les appareils utilisés sont des bouteilles de gaz propane soit portées à dos, soit montées sur chariot, soit installées sur des bâtis attelés au tracteur. Il existe également des brûleurs à infra-rouges. La flamme réchauffe un élément irradiant qui transmet la chaleur par rayonnement à la plante. Ce type d'appareil a un rendement moins bon que ceux à flamme directe, mais il est moins sensible au vent.

La technique du désherbage thermique est beaucoup moins utilisée que celle du désherbage mécanique. Bien qu'elle soit efficace sur les jeunes stades des adventices et permette de passer sur des sols humides, elle est beaucoup plus lente, plus coûteuse et le matériel est plus spécifique.

Le désherbage thermique peut aussi se faire à partir de vapeur

Herbicides naturels

Il existe des préparations naturelles qui permettent de lutter contre les adventices telles que le vinaigre blanc, le sel ou encore le purin d’orties concentré. Ces préparations, bien qu’ayant une faible rémanence peuvent avoir des effets néfastes sur la microfaune du sol en cas d’utilisation excessive. De plus, leur effet est non sélectif. Donc leur utilisation après implantation de la culture détruira celle-ci au même titre que les adventices.

Mais leur utilisation de façon localisée et avec parcimonie peut permettre limiter le développement de certaines vivaces (chardon, liseron, chiendent, ronces …).

A tester un usage « systémique » par trempage d'une des extrémités des ronces et qui tuerait le roncier ....

Efficacité comparative des principales techniques utilisées :

ComplémentEliminer ou contenir ?

Un certain nombre de maraîchers, comme Fukuoka, cherchent à contrôler les adventices à certains moments cruciaux du développement des cultures et non à les éradiquer. Sortir du « dogme de la parcelle propre » peu sembler difficile mais, chiffres à l’appui, le coût en énergie et en temps de travail d’un désherbage parfait et constant peut parfois pénaliser le résultat économique réalisé par unité de surface par rapport à une parcelle enherbée.

La maîtrise des adventices, et non leur élimination, est recherchée. Autrement dit, on parle de tolérance aux adventices, celles‐ci pouvant être présentes dans les parcelles sans impacter la production des cultures en place à venir. Certains y voient même des avantages, car elles participent à l’augmentation de la biodiversité, support pour le développement de faune auxiliaire.