Impacts des adventices
Nuisibilité des adventices
La nuisibilité des adventices peut être prise en compte à plusieurs échelles. Au niveau de la culture on qualifie cette nuisibilité de primaire. Alors que, la nuisibilité secondaire est liée à la capacité des adventices à se disperser dans l’espace et dans le temps, en constituant des stocks de semences dont la persistance de la capacité germinative s’étale sur plusieurs années. Il s’agit d’une nuisibilité potentielle entraînant des contraintes sur le choix des cultures et des pratiques agricoles à l’échelle de la rotation.
Parallèlement à cette échelle, on distingue également deux principaux types de nuisibilité, en fonction des conséquences engendrées par les adventices sur les cultures :
La nuisibilité directe représente une perte de rendement (donc un effet direct) sur la culture. Elle peut être due à 2 phénomènes :
La compétition pour la lumière, l’eau ou les nutriments. Les adventices s’alimentent au détriment de la culture en place. Cette concurrence dépend de plusieurs facteurs : nature des adventices, densité de la population, influence de la fumure, conditions climatiques favorables au développement des adventices…
L'allélopathie consiste en la sécrétion par certaines adventices de substances toxiques ou inhibitrices pour la culture en place.
Les adventices sont les organismes responsables de la plus grosse perte potentielle de rendement sur les grandes cultures (blé, orge, maïs...). À l’échelle mondiale, on estime cette perte de rendement à 10% en moyenne. Toutes les espèces adventices n'ont pas la même nuisibilité. Les adventices de grande taille, de grande étendue latérale, ayant une forte biomasse et, pour les graminées, un grand nombre de talles, sont plus susceptibles de capturer les ressources avant la culture. Dans le cas de la compétition pour l'eau, la profondeur d'enracinement est également un facteur de nuisibilité. Un fort taux de croissance en début de cycle et une phénologie similaire à celle de la culture sont également des facteurs qui permettent aux adventices de s'installer et de se développer dans la culture et donc d'entrer en compétition.
La nuisibilité indirecte a pour conséquence l’augmentation des coûts de production liés à la présence des adventices sur la parcelle. Cela peut se traduire de différentes façons :
Une baisse de la qualité de la récolte (baisse de la valeur commerciale),
Une diminution de l’état sanitaire de la culture (adventices hôtes de parasites),
Une augmentation des coûts des travaux culturaux (avant, pendant et après récolte)
une augmentation des risques de nuisances (pollution de la récolte par une plante toxique).
Complément : Le seuil de nuisibilité, un indicateur suffisant ?
Moins de 2 gaillets au m² suffisent pour faire chuter le rendement en céréales de 5 % ! ! !
De nombreux travaux ont permis d’établir pour les principales adventices le nombre de pieds/m² à partir duquel une chute de 5 % du rendement est observée. Ces seuils sont donnés à titre indicatif et varient, parfois fortement, selon la région, les cultures.
Une folle avoine a un seuil de 10 pieds/m² dans le nord et de 15 à 20 dans le sud. Par ailleurs cette densité ne révèle pas le pouvoir de nuisance du stock semencier dans le sol pour les cultures suivantes. il faut donc tenir compte d’autres paramètres comme la survie des semences dans le sol et la capacité de grenaison des adventices rencontrées.
Effet positif des adventices
Lorsqu'elles ne dépassent pas un certain seuil de concurrence, les adventices peuvent posséder un rôle écologique souvent méconnu :
Lutte contre les ravageurs :
Préservation de la faune auxiliaire : l'intérêt de la présence d’adventices dans une parcelle a été démontré chez le blé, la canne à sucre et le chou. De manière générale, on observe une augmentation significative des populations d'auxiliaire prédateurs (Chrysopes, Coccinelles, Syrphes). En effet, les adventices leur procurent une niche écologique (nourriture, habitat). La présence d'adventices crée un microclimat favorable à la ponte et au développement larvaire de ces espèces et favorise le développement de certains champignons.
Certaines adventices peuvent également avoir un effet nématicides.
Elles favorisent la lutte contre le ruissellement et l’érosion des sols. En effet, elles limitent l’effet splash dû à la pluie et leurs racines peuvent améliorer la structure du sol.
Elles peuvent constituer une source de fourrage ou d’engrais vert.
L’observation des plantes bio-indicatrices donne des informations sur la nature du sol, et les éventuels risques de carences ou d’excès.
Et même, le liseron peut jouer plusieurs rôles importants, dont le maintient des mycorhizes pendant l'hiver
Autres paramètres à prendre en compte
La survie dans le sol
La viabilité d’une graine est caractérisée par le Taux annuel de décroissance dans le sol ou TAD. Il exprime le pourcentage de graines du stock d’une espèce qui se dégrade au bout d’une année d’enfouissement dans le sol. Les graminées ont des TAD élevés, donc sont vites dégradées. Le brome a même un TAD proche de 100 % ! La plupart des graminées annuelles ont un TAD transitoire et peuvent persister 3 à 4 ans.
Les dicotylédones ont par contre une plus longue durée de vie, surtout pour celles qui lèvent en été comme les renouées, amarantes… Une graine de coquelicot pourrait encore être viable au bout de 40 ans ! Cette caractéristique de l’adventice est encore plus dommageable si la plante a une forte aptitude à produire des graines. Néanmoins, toutes les graines viables dans le sol ne lèveront pas forcément. Se greffe aussi la notion de dormance, propre à chaque espèce. Quant au germe, il rencontre de nombreuses barrières à franchir. Il faut qu’il puisse sortir de terre. Un enfouissement trop profond, une croûte de battance freinent la formation de la plantule.
La grenaison
La grenaison, liée à une espèce, fluctue selon les conditions pédoclimatiques de la parcelle. Un coquelicot sur chaume produit 20 000 graines par pied. En couvert spontané, il multiplie par deux sa productivité avec 40 000 graines par pied ! Cette donnée, croisée avec le TAD, est un bon moyen pour envisager le risque à la parcelle et déterminer le besoin de désherber.
ADVENTICES | PRODUCTION DE GRAINES PAR PIED |
|---|---|
Agrostis jouet du vent | 1 000 à 10 000 |
Brome stérile | 50 à 300 |
Pâturin annuel | 3 000 à 15 000 |
Vulpin | 100 à 3 000 |
Ray-grass | 500 à 3 000 |
Folle avoine | 150 à 1 000 |
Phalaris paradoxal | 2500 |
Ammi élevé | 5000 à 50 000 |
Chénopode | 2500 à 7 500 |
Coquelicot | 10 000 à 30 000 |
Gaillet | Jusqu’à 1 100 |
Géranium | 225 à 2 000 |
Renouée des oiseaux | 200 à 900 |
Véroniques | 50 à 500 |
Sanve | 4 500 |
Ravenelle | 1 400 |
La profondeur de levée
La grande majorité des graines lèvent dans les premiers centimètres du sol. A 5 cm maximum, elles sont vite activées dès que les conditions climatiques sont réunies. Les levées souvent homogènes sont plus faciles à détruire. Les interventions de désherbage mécanique et la technique du faux semis est souvent pratiquée pour éliminer ce type d’adventices.
Certaines graines lèvent profondément, au-delà de 10 cm. C’est généralement le cas des grosses graines, mais aussi de la folle avoine ... Les levées sont donc étalées en fonction des profondeurs où se situent les graines, ce qui limite l’effet du désherbage mécanique et des faux-semis. Le labour par contre est alors un levier d’action très efficace, mais à double tranchant : il enfouit des graines à des profondeurs où elles ne germeront pas, mais ainsi il permet parfois une meilleure conservation de ces graines et il en fait aussi remonter d’autres du stock profond où elles ont été précédemment enfouies, à des profondeurs où elles pourront germer si elles ont gardé leur viabilité ... Ainsi il est préférable de ne positionner le labour que tous les trois ou quatre ans de manière à ne pas remonter trop tôt les adventices à la surface du sol.
D’autres témoignent de plus de faculté d’adaptation. Ainsi, si la profondeur de germination optimum du vulpin se situe autour de 1,5 cm, des graines lèvent encore à 12 cm. Bien souvent cela occasionne des levées échelonnées.
Adventice | Semences/Plante | Température optimale de germination | Période de levée préférentielle | Profondeur de levée optimale et TAD | Profondeur de levée maximale et TAD |
|---|---|---|---|---|---|
Vulpin | 500 à 3 000 | 10 - 25 °C | sept. - nov. et jan. - mi-avril | 1,5 cm - 95% | entre 0 et 5 cm - 6 cm 84% |
Folle avoine | 250 à 800 | 10 - 20 °C | sept. - mars et fév. - avril | Variable - 95 % | entre 0 et 10 cm-15 cm 90 % |
Ray-grass | 700 | Large °C | sept. - déc. et mars - avril | 75% | |
Pâturin annuel | 500 à 7 000 | 15 - 20 °C | très large | Superficielle - 95 % | entre 0 et 1 cm-2 cm 38 à 45 % |
Brome stérile | 150 | 15 - 25 °C | très large et sept. - avril | Superficielle - 95 % | entre 0 et 1 cm_5 cm de 95 à 100 % |
