Associations

Définition

Les associations au potager, c’est faire pousseur ensemble des plantes pour créer des synergies. Il existe deux grands types d’associations :

  1. les associations « gain de place »

  2. les associations allélopathiques.

Les associations allélopathiques

Le principe est d’associer des plantes qui ont une action l’une sur l’autre. On dit par exemple que l’oignon associé à la carotte permettrait d’éloigner certains ravageurs des deux cultures.

Sur le papier, ce genre d’association est très intéressant. En pratique en revanche, il est difficile de prouver leur véracité. En effet, un certain nombre de recherches ont été réalisées dans le domaine, avec de nombreux résultats. Le problème est que ces résultats ont pour l’instant été prouvés en laboratoire. Ils ne sont pas toujours applicables en réalité.

De plus, bien que certaines de ces conclusions aient pu être vérifiées en réalité, elles ne donnent pas forcément les mêmes résultats selon les types de sols, les conditions de cultures, la pression des maladies, etc. La diversité de situations présentes dans la nature est telle qu’il est parfois impossible d’affirmer que telle ou telle association produit un effet, bénéfique ou néfaste.

Voici un tableau des associations défavorables de plantes potagères.

On ne sait pas toujours pourquoi, mais l’observation prime en la matière. Il y a des choses que l’on sait : les alliacées (ail, oignon, échalote…) sécrètent des bactéricides par leurs racines, leur présence est néfaste aux fabacées (légumineuses) qui abritent  des bactéries azotobactères sur leur système racinaire (pois, fève, haricot…). Mettre des plantes de la même famille botanique cote à cote augmente le risque de parasites de cette famille, cas de l’aubergine et de la pomme de terre sensibles toutes deux au doryphore.

Et il y a des choses que ne l’on sait pas, mais l’observation prime en la matière

Si la case est vide, c’est que je n’ai rien trouvé dans la doc pour la culture citée.

Légumes

Associations défavorables

Ail

Asperge, haricot, pois, choux

Asperge

Ail, oignon

Aubergine

Pomme de terre

Betterave

Haricot, poireau, carotte, tomate

Carotte

Betterave

Céleri

Maïs, laitue,

Chicorée

Choux

Choux

Chicorées, fenouil, fraisier, poireau, rais, ail

Concombre

Pomme de terre, tomate, radis

Courge

Radis

Echalote

Haricot, pois, choux

Epinard

Fenouil

Choux, haricot, panais, tomate

Fève

Fraise

Choux

Haricot

Ail, échalote, fenouil, oignon, poireau, pois, tomate

Laitue

Persil

Mâche

Maïs

Betterave, céleri, pomme de terre

Melon

Navet

Oignon

Haricot, pois, asperge, choux, pomme de terre

Panais

Fenouil

Persil

Pois, laitue, poireau

Pissenlit

Poireau

Choux, betterave, haricot, persil

Pois

Ail, échalote, haricot, oignon, persil, pomme de terre, tomate

Pomme de terre

Ail aubergine, betterave, concombre, maïs, oignon, pois

Radis

Choux, courge, potiron

Salsifis

Tomate

Betterave, concombre, fenouil, haricot, pois

plantes compagnes

Les associations « gain de place »

Le principe est d’associer des plantes au port plus ou moins haut pour maximiser la photosynthèse sur une surface donnée en jouant sur les étages de végétation. Il est aussi possible de maximiser la photosynthèse en cultivant des plantes au cycle court avec des plantes au cycle long.

Néanmoins, ces associations sont parfois difficiles à mettre en place, car elles peuvent demander beaucoup d’organisation en amont. En effet, il est nécessaire de gérer la production de plants pour avoir un bon timing. Il ne s’agit pas toujours de jeter un mélange de graine et de récolter une abondance de légumes ! Même si ces mélanges existent comme l’association carotte-laitue-radis.

Prenons l’exemple de la milpa, une association emblématique originaire d’Amérique Centrale consistant à cultiver sur la même surface maïs, courges et haricots.

Dans cette association, les haricots se servent du maïs comme tuteur, le couple maïs-haricot fait de l’ombre aux courges et ces dernières couvrent le sol pour empêcher la pousse des adventices. Malheureusement, semer les trois en même temps ne permet pas de profiter de cette super association : le maïs ne croît pas suffisamment rapidement par rapport aux haricots, qui se retrouvent en manque de tuteurs. Il faut alors semer le maïs et attendre un mois avant de venir semer les haricots pour qu’ils ne gênent pas le maïs. Il faudra aussi, si la parcelle est grande, choisir des maïs à farine, car les maïs doux se récoltent immatures et il est difficile d’accéder à la zone de culture quand les courges couvrent la totalité du sol.

Nous pourrions aussi citer l’association ail/mâche qui permet de récolter de la verdure tout l’hiver pendant que l’ail croît tranquillement. Pour cette association, nous vous conseillons de planter des plants de mâche en même temps que vous plantez nos caïeux d’ail. Les plants auront donc dû être préparés quelques semaines en avance, afin d’être dans le bon timing. En effet, si vous semez de la mâche en novembre en extérieur, vous risquez de ne pas récolter grand-chose selon votre climat.

Ce sont des exemples, et comme il n’existe pas de vérité générale autour des associations au potager, ces exemples peuvent néanmoins fonctionner ailleurs que chez nous : dans le sud, on peut certainement semer de la mâche en novembre par exemple.

Ce que nous vous conseillons donc, pour vos associations de cultures, c’est de vous détacher des livres traitant de cela et de les imaginer par vous-même en réfléchissant à la place future que prendra chaque plante lorsqu’elle sera développée. On suivra alors une règle générale : maximiser la photosynthèse.

 

Une règle générale pour réussir ses associations : maximiser la photosynthèse

Puisque les effets des associations sont imprévisibles et très variables, nous vous conseillerions, pour vos associations, de retenir une règle générale : celle consistant à maximiser la photosynthèse. On cherchera alors à occuper toute la surface disponible avec des feuilles, situées à différents étages.

Reprenons l’exemple de la milpa : en mélangeant ces trois plantes, la totalité de la surface de culture est recouverte par des feuilles : au sol, les courges, en l’air, les haricots et le maïs.La production est donc proche de son maximum 

Dans une association où l’on mettrait du basilic au pied des tomates, le basilic finirait de capter les rayons solaires avant que ceux-ci ne touchent le sol et ne soient « perdus ». 

Cette maximisation se joue également dans le temps. Par exemple, lorsque vous plantez vos pieds de tomates en mai, pourquoi ne pas réaliser un ou deux cycles de radis avant que vos tomates ne prennent toute la place ? Vous aurez ainsi maximisé l’utilisation des rayons du soleil sur cette surface.

Exemples d’associations avec la tomate TAILLEE

🌱 Tomates/laitues

🌱 Tomates/radis

🌱 Tomates/maïs

🌱 Tomates/betteraves

🌱 Tomates/basilic-persil-coriandre

🌱 Tomates/carottes

🌱 Tomates/chou cabus

🌱 Tomates/patates douces (attention à la fertilisation ! ce sont deux cultures gourmandes!)

🌱 Tomates/blettes

🌱 Tomates/tagètes, soucis…

🌱 Entre autres…

La photosynthèse comme repère pour les associations de cultures au potager ?

Les plantes utilisent l’énergie de la lumière pour séparer l’eau (H²O) en oxygène et en hydrogène. L’hydrogène, mélangé au carbone capté dans l’atmosphère, produit des sucres simples et donc de la matière. L’oxygène restant seul est rejeté dans l’atmosphère durant le processus.

Ainsi, il nous paraît plus pertinent de se diriger vers des associations « gain de place », qui semblent plus pragmatiques. C’est en partie grâce à ce type d’association que l’on peut produire plusieurs kilos de légumes par mètre carré, et par an.

En jouant sur 3 facteurs :

  1. la hauteur des cultures

  2. la densité de plantation

  3. la durée des cycles

Quelques associations de cultures « gain de place »

🌱 carotte-poireau

🌱 chou-carotte-radis

🌱 blette-mâche

🌱 courge palissée-laitue

🌱 courgette-maïs

🌱 panais-fèves

🌱 laitue-radis

🌱 ail-mâche

🌱 maïs-radis/betterave/carotte/etc

🌱 pois à rames-laitue

14 conseils pour réussir vos associations de cultures au potager

Trop d’associations de cultures tue l’association !

Si vous le pouvez, simplifiez-vous la vie et ne dépassez pas trois plantes dans vos associations. Cela permet de faciliter les interventions, c’est-à-dire les récoltes, désherbage, etc. Il est possible d’en rajouter, mais cela peut devenir un peu complexe. Préférez créer une nouvelle association, sur la même planche, avec des plantes différentes. Il est tout de même possible de rajouter quelques graines de plantes mellifères sur vos rangs par exemple. Ou laisser quelques plantes sauvages se développer.

Vous pouvez aussi envisager les associations au potager en faisant des successions culturales : une plante à cycle long peut voir plusieurs plantes à cycle court se succéder à ses pieds. On pourra, par exemple, semer des radis suite à la plantation des tomates. Quand ils sont récoltés, on enchaîne avec du basilic. Et au mois de septembre, on vient couper le basilic et on installe des navets, des laitues ou autre.

Gérer la fertilité en bonne intelligence

Il est évident qu’en cultivant plus de plantes dans un même espace, votre sol aura besoin de plus de nutriments pour produire. Essayez d’ajouter du compost ou un paillage à votre sol chaque année afin de nourrir vos légumes. Un sol déjà fertile nécessite 1 kg de compost mûr par an et par mètre carré.

Cette quantité dépend des légumes, certains étant plus gourmands que d’autres. Il s’agit simplement d’une indication : adaptez les doses selon votre ressenti, que rien ne remplace.

Cultivez en rangs d’oignon pour simplifier vos associations de cultures au potager

Cultiver en lignes droites ?! En permaculture où l’on recherche à imiter la nature ? Oui ! Du moins, c’est notre conseil. Chacun fait comme il le désire, mais planter/semer en rang représente un gain de temps considérable.

Vous repérez les espèces plus facilement à la germination. Les distances entre les plantes associées sont plus faciles à calculer. Les récoltes sont plus aisées, les zones de cultures sont plus accessibles. Le désherbage est plus rapide, l’irrigation est plus aisée, etc. Et puis, rien n’empêche de mélanger les cultures sur le rang.

On peut tout de même faire un mélange des techniques, la diversité est la clé de réussite d’un potager biologique.

Les légumineuses sont garantes de la fertilité

Il est très utile d’installer dans vos associations au potager des plantes qui fixent l’azote atmosphérique. Ce sont les légumineuses.

En mourant, ces plantes vont libérer de l’azote dans le sol, aidant les futures cultures à bien se développer. Les pois, haricots, et fèves sont les trois cultures potagères principales qui remplissent cette fonction. Si vous le pouvez, installez-en dans vos associations, cela ne fera que du bien à votre sol. Pensez également aux pois chiches que nous cultivons ; ils produisent très bien et sont assez faciles à récolter. 

Les associations ne sont pas une obligation

Associer ses cultures est une pratique intéressante lorsqu’elle est sensée. En effet, ce n’est pas une condition sine qua non de la réussite de vos cultures… Les associations de culture, comme toutes les pratiques, doivent être réfléchies ou pertinentes. Du moins acceptées et comprises par le jardinier : n’allez pas vous sentir coupable de faire 20m² de pommes de terre sans y glisser une culture associée. Si vous ne cherchez pas absolument à optimiser l’espace dans votre potager, inutile de vous casser la tête à chercher une manière d’associer tous vos légumes…

Faites comme bon vous semble, toutes les pratiques sont bonnes tant que l’on n’utilise pas de produits de synthèse, et que l’on ne retourne pas le sol à outrance sans justification… 

Le sol doit être couvert

Le sol… Celui-ci doit être couvert le plus possible durant l’année. Cela lui permet d’être plus vivant, de conserver sa fraîcheur et sa disponibilité en éléments nutritifs.

Pour conserver votre sol couvert, remplissez-le de cultures nourricières ! Et, à défaut d’ensemencer toutes vos zones de culture, n’hésitez pas à ajouter un paillage quelconque si vous en avez. Néanmoins, l’avantage d’une couverture vivante est qu’elle est beaucoup plus productive qu’un potager paillé. Ainsi, ne vous dirigez pas systématiquement vers du paillage pour couvrir le sol. Un bon compost déposé sur les planches, et ces mêmes planches ensemencées rapidement vous offriront plus de récolte.

Se simplifier la vie dans les rotations

Il faut éviter, dans la mesure du possible, de faire se succéder plusieurs fois les mêmes espèces sur la même zone de culture. C’est ce qu’on appelle la rotation des cultures. Vos associations au potager réussiront mieux ainsi.

Cela dit, si vous n’êtes jamais sujets aux maladies et que vous nourrissez convenablement votre sol, la rotation des cultures n’est pas une obligation. Car en faisant des associations, vous variez les types de racines, les types de besoins en minéraux…

Utiliser plutôt des plants plutôt que des semis

Il est souvent utile de partir de plants, surtout pour les petits potagers. Vous gagnez plusieurs semaines d’occupation du sol. Et en repiquant le plus de légumes possible, vous optimisez votre sol : le nombre de légumes récoltés sur la même zone sera en effet plus élevé que si vous aviez dû tout semer directement en terre… C’est grâce à cette méthode que vous pourrez espérer, à terme, récolter plusieurs kilos de légumes au mètre carré par an, si la fertilité de votre sol le permet.

Les parties aériennes : augmenter la production au potager

Associez des légumes qui poussent en hauteur avec un ou plusieurs légumes bas. Cela permet d’optimiser l’utilisation de l’espace. L’association emblématique des courges avec le maïs (et les haricots!) prend alors tout son sens. Prenez pour habitude de penser ainsi : les rayons solaires ne doivent pas atteindre le sol sans avoir été captés par une feuille. Dans la mesure du possible bien sûr, mais c’est une bonne direction dans laquelle regarder.

Pensez aux densités

Plus vos légumes seront serrés, plus les calibres s’en ressentiront : une patate douce peut faire entre 150 grammes et …10 kilos. Pour une laitue, cela peut ne pas être un problème. Mais imaginez récolter de toutes petites betteraves ou carottes : c’est plus de travail en cuisine. Vous devez tenir compte de cela lorsque vous associez plusieurs cultures.

Les petites carottes peuvent être cuites entières : c’est un vrai délice !

Pensez à la fertilisation

Un moyen de serrer ses cultures sans pour autant récolter des mini-légumes est de fertiliser les cultures. Vous pouvez utiliser du compost ou des engrais biologiques comme les fientes de poules, le sang et la corne séchés, la cendre… Nous avons déjà pu observer sur une ferme un rendement de carottes de… 14 kilos au mètre carré ! Et cela uniquement avec du compost en grande quantité (environ 10 cm d’épaisseur).

L’organisation spatiale

Sur votre surface de culture, installez les végétaux de petite taille et ceux dont le cycle de culture est court sur les côtés. Les végétaux qui montent en hauteur, ou ceux dont le cycle de culture est long iront au centre de la zone de culture.

Cette façon de procéder est la plus simple. Elle vous permet de ne pas avoir à enjamber des choux (ou pire, des pois palissés) pour récolter des laitues que l’on aurait plantées au centre. Cela permet aussi d’optimiser la disponibilité de la lumière sur la zone de culture, notamment si les planches sont orientées sur l’axe nord-sud.

Associez des légumes de familles et de types différents

Jouer sur les différents types de légumes (racines, feuilles ou fruits) et familles est intéressant. Car toutes les familles et tous légumes ne sont pas sensibles aux mêmes agresseurs. Et n’ont souvent pas les mêmes besoins (s’exerce alors moins de concurrence).

Vous pouvez tout de même associer des légumes de même type, c’est parfois plus simple : n’oubliez pas que la règle d’or pour les associations est de « ne pas se compliquer la vie ! ».

Évitez les plantes « envahissantes »

Ces plantes dépasseront les autres et offriront un peu d’ombre dans un potager en plein soleil. Mais parfois, c’est une catastrophe 🙂

Sur la photo, des haricots nains à gauche et des courges à droite : un échec. Il a fallu tailler plusieurs fois les courges, ce qui a induit une perte de temps et de production.

Imaginez vos propres associations au potager

Sentez-vous libre d’expérimenter. La phytosociologie et les influences négatives et positives entre les légumes en sont encore à leurs débuts. Ainsi, il reste beaucoup de choses à découvrir ! Par exemple, pourquoi ne pas associer plantes annuelles et plantes vivaces, ou uniquement des plantes vivaces ?! Une rhubarbe placée au pied d’un fruitier profitera du soleil en début de printemps tant que l’arbre n’a pas fait ses feuilles par exemple. Ou encore, des concombres grimperont aisément sur un fruitier.

Association traditionnelles connues

Maraîchers de Paris

On sème des radis et des carottes en même temps. Et sur les bords de la planche on plantes des oignons, des poireaux ou de l’ail (ou les 3 en même temps !). Entre ces plantations on plante des plants de salades, et un ou deux rangs de choux sur le milieu de la planche. On va d’abord récolter les radis, puis les salades. Ce qui laissera de la place aux carottes de s’épanouir.

une association que mettaient en place les maraîchers parisiens du 19ème. J’en ai déjà parlé dans l’article sur la culture du radis vous allez découvrir pourquoi. Pour cette association vous aurez besoin de plusieurs plantes : il s’agit en fait de semer du radis et des carottes en même temps sur une planche de culture. Vous y planter aussi des plants de salades entre les semis. Et lors de la récolte des salades on contreplante des choux au milieu de la planche. Sans oublier de planter sur les bords de la planche des plantes de la famille des alliacés 

(pour profiter de l’association citée plus haut).

Pour la récolte, dans l’ordre : on récolte les radis puis les salades, on contreplante les choux, puis on récolte les carottes.

https://www.jardinerfute.com/association-culture/

MILPA

Les origines de la milpa

Beaucoup d’entre vous ont sans doute entendu parler de la milpa, sans forcément savoir ce qui se cache derrière ce terme. Le mot est dérivé du nahuatl mil-pa, qui signifie « ce qui est semé dans les champs ». Cela recouvre des techniques culturales pratiquées principalement en Amérique du Nord et en Amérique centrale. Son origine est très ancienne, mais elle semble naître chez les Iroquois, où on parle alors des « trois sœurs ». Les esprits du maïs, du haricot et de la courge étaient vus comme trois sœurs qui aimaient rester l’une près de l’autre et devaient vivre en symbiose. On prétendait même qu’au clair de lune elles prenaient des formes humaines féminines et dansaient à l’ombre des champs de maïs, chantant des louanges à leur mère, la terre.

  • le maïs sert de tuteur aux haricots à rame,

  • les haricots apportent au maïs, non pas de l’azote comme on l’a longtemps cru. En effet, l’azote de l’air fixé dans les nodules des légumineuses n’est disponible que si on tue la plante avant la floraison. Sinon, l’azote ainsi stocké est utilisé en grande majorité lors de la floraison puis de la fructification, et n’est de toute façon disponible dans le sol qu’après la mort de la plante, quand les nodules se décomposent.

  • enfin, les courges servent de couvre-sol et en maintiennent l’humidité, ce qui était essentiel pour des populations qui n’avaient pas de moyens d’irrigation mécanisés, et le devient pour nous qui, du fait des sécheresses de plus en plus fréquentes, devons chercher à économiser l’eau.

On cultivait donc des maïs à farine ou polenta, qui se récoltent mûrs à l’automne, des haricots à consommer secs et des courges de garde. Le maïs doux que l’on mange en salade se récolte plus précocement, ce qui rend cette association tout de suite mois évidente. On peut bien sûr envisager de remplacer tel ou tel élément de la milpa par un autre offrant une même synergie, mais il faut garder en tête qu’il est important que les légumes se récoltent tous ensemble et ne nécessitent pas de soins en cours de culture.

Si les maïs ne poussent rapidement qu’en jours courts, les haricots ont besoin de chaleur pour bien se développer. Je conseille donc de semer les maïs bien avant les deux autres.

En avril, je sème mes courges en godets, mais on peut semer en mai directement en place si on préfère.

En mai, quand les gelées ne sont plus à craindre, je plante les courges (ou on les sème en place) sur les billons laissés libres.

En sol réchauffé, vers la mi-mai en général, je sème les haricots par poquets de 2 ou 3 entre chaque pied de maïs. J’installe ensuite des tuyaux d’irrigation au goutte-à- goutte, puis un épais paillage. Si les maïs population sont bien plus résistants aux sécheresses qu’on ne le croit, les haricots ne fructifient correctement qu’avec suffisamment d’eau. Ces dernières années, les sécheresses de plus en plus intenses ne m’ont posé aucun problème pour le maïs. En revanche la productivité des haricots s’en est ressentie. Une fois l’irrigation et le paillage installés (et la pollinisation manuelle effectuée pour les courges qui doivent produire de la semence), je ne mets plus les pieds dans la parcelle avant l’automne, quand les épis sont mûrs, les haricots secs et les feuilles des courges desséchées.

elon les années, je récolte ainsi une quarantaine de kilos de maïs à farine (une fois égrainé). Également 5 à 6 kilos de haricots secs écossés (beaucoup moins ces trois dernières années, malgré l’arrosage).

Je récolte enfin plusieurs centaines de courges (plus ou moins selon la taille des fruits et la vigueur des variétés). Pour ma part, je préfère les petits fruits. Plus pratiques à utiliser, et je privilégie la qualité culinaire à la quantité. Je fais également des courges à huile, peu productives, dont nous ne consommons que les graines. Nous donnons la chair aux animaux, et des courges de Siam qui sont également pour les animaux.

L’association de ces trois plantes crée un petit écosystème qui se renforce mutuellement. Le maïs grandit en premier et fournit un support solide. Les haricots grimpants s’y accrochent naturellement, pendant que les courges couvrent le sol. Plus de détails :

  1. Le maïs : il sert de tuteur au haricot grimpant. Il permet de donner un peu d’ombre au haricot grimpant ce qui améliore sa qualité (car ils produisent ainsi moins d’amidon que les haricots cultivés en plein soleil).

  2. Le haricot grimpant : se sert du maïs comme tuteur. Il permet, après la culture, de laisser un sol plus riche en azote grâce à ses nodosités (ou nodules) présentent au niveau de ses racines (comme toutes les légumineuses). Ces nodules proviennent d’une symbiose entre la plante et des bactéries du genre Rhizobium.

  3. La courge : grâce à ses larges feuilles permet de créer un micro-climat au niveau du sol. Cela permet de garder l’humidité du sol, de le protéger de l’érosion due au vent et à la pluie, et de limiter la pousse d’adventice. Elle joue donc le rôle de paillage vivant. Et ses épines permettent de protéger les cultures contre les herbivores.

 

Bénéfices concrets pour le jardinier

  1. Économie d’eau grâce au couvert végétal des courges

  2. Pas besoin d’acheter de tuteurs

  3. Moins de désherbage nécessaire

  4. Cultures plutôt autonomes

  5. Production diversifiée sur un même espace

  6. Semis direct en pleine terre

    C’est la méthode la plus simple qui respecte le rythme naturel des plantes. Voici comment procéder :

    1. Le maïs d’abord (fin mars – avril)

      • Faites des trous de 3-4 cm de profondeur

      • Espacez-les de 30 à 50 cm

      • Mettez 2-3 graines par trou

      • Gardez un plant par trou après la levée

    2. Attendez que le maïs atteigne 10 cm (environ 2-3 semaines)

    3. Les courges et haricots ensuite

      • Semez 2-3 haricots au pied de chaque maïs (afin de s’assurer qu’au moins 1 lève et pousse, si vous savez que vos graines ont un bon taux de germination, vous pouvez planter que 1 ou 2 graines)

      • Placez les courges entre les rangs (1 plant tous les mètres, voire 1 plant tous les 1,5 m)

    Conseils pratiques : Les courges sont vigoureuses ! N’hésitez pas à les tailler (coupez au-dessus de la deuxième feuille après le dernier fruit) pour éviter qu’elles n’envahissent plus d’espace que vous en avez. C’est une bonne technique pour gagner de la place et semer d’autres espèces de courges !

    Semis en godet

    Il s’agit ici de semer le maïs et les courges en godets afin de gagner du temps sur la récolte.

    Calendrier de semis

    1. Mi-avril : maïs en godets

    2. Fin avril : courges en godets

    3. Mi-mai : plantation des godets + semis direct des haricots à rames aux côtés du maïs.

    Les haricots peuvent aussi être plantés en godets, à vous de faire vos propres tests. 😉

    *

    1. Choisir les variétés :

      • maïs robuste (2-3m de haut)

      • haricots grimpants

      • courges coureuses

    2. Préparer le terrain (Mars) :

      • surface minimum : 4 m² (16 m² c’est mieux)

      • sol meuble

      • exposition ensoleillée

    3. Planter dans l’ordre

      • Mars-Avril : semis du maïs

      • Mai : ajout courges et haricots

      • Attendre que le maïs fasse 10cm

ComplémentLes variantes de la Milpa

Vous pouvez tout à fait laisser parler votre créativité et adapter la Milpa à votre terroir. Certains peuples ont adapté cette technique à leur environnement aride, d’autres ont ajouté des plantes mellifères pour favoriser la pollinisation des haricots et des courges. Vous pouvez :

  • Remplacer le maïs par le tournesol. Il servira de tuteur au haricot comme le faisait le maïs.

  • Changer les courges par des courgettes. Ou par toute autre cucurbitacée qui a votre préférence !

  • Créer une association tomate-ipomée-basilic. L’ipomée enroulera la tomate à son tuteur, le basilic profitera de l’ombre de la tomate en même temps qu’il en éloignera les nématodes.

  • Optimiser l’espace en jouant sur la vitesse de croissance des plantes. Associer la salade avec le radis. Vous semez d’abord la salade, quand elle a levé, semez les radis. Ils arriveront à maturité quand les salades commenceront à prendre vraiment toute la lumière.

Restez créatif et n’hésitez pas à expérimenter, une immense palette d’associations est possible et permet d’exploiter les avantages de chacune de nos plantes potagères.

Pauline Sutter