Principes
Fondamental : Objectifs visés par la rotation
La rotation a pour objectif de :
réduire l’incidence des insectes et des maladies;
minimiser les populations de mauvaises herbes, ou faciliter leur gestion ;
maintenir la fertilité du sol;
permettre de gérer les épandages de matières fertilisantes;
faire exploiter par les racines l’ensemble de la couche arable;
maximiser les rendements;
maintenir le niveau d’humus dans le sol et le renouveler;
améliorer l’état du sol en planifiant les opérations de travail au bon moment ;
minimiser l’érosion.
De plus, en agriculture biologique une attention particulière est apportée à la rotation des cultures pour plusieurs raisons :
On dispose de peu de moyens de traitement curatif en cas de maladie ou d’attaque de ravageur. Il est donc indispensable de prendre toutes les précautions afin de réduire les risques : « Il faut prévenir parce que, dans certains cas, on ne peut pas guérir ». Une bonne rotation est une clé importante de réussite car elle limite les risques sanitaires.
La gestion de l'azote est une autre dimension importante à prendre en compte aussi bien au niveau de la pollution des eaux que de l'alimentation des plantes ; d'où le recours :
aux légumineuses captant l'azote de l'air,
aux engrais verts hivernaux captant les nitrates disponibles dans le sol à l'automne (avant le lessivage hivernal),
au compost,
avant d'utiliser en complément des engrais organiques coûteux.
Exemple :
Un exemple d'utilisation des propriétés pesticides des alliacées : Biodésinfection des sols maraîchers au moyen d’oignon et poireau.
Méthode : Règles de base
Alternance de plantes apportant de l'azote (légumineuses) et de plantes exigeantes en azote.
Succession de familles de plantes différentes. Certaines familles peuvent se succéder plus fréquemment que d'autres.
Alternance des types de légumes selon le ou les organes consommés.
Alterner les cultures exigeantes en fumure (crucifères, solanacées) avec les cultures peu ou moyennement exigeantes (la plupart des légumes racines, et quelques légumes feuilles).
Alterner les légumes à enracinement superficiel avec des légumes à enracinement intermédiaire et des légumes à enracinement profond de manière à explorer toutes les couches du sol.
Profondeur d’enracinement
Superficiel
Intermédiaire
Profond
Légumes
Laitue
Oignon
Choux,
Brocolis
Chou-fleur
Céleri
Poireau
Epinard
Haricot
Pois
Pomme de terre
Carotte
Betterave
Bette à carde
Concombre
Courge d’été
Aubergine
Piment
Rutabaga
Navet
Endive
Panais
Tomate
Citrouille
Melon
Courge d’hiver
Eviter les sols nus en hiver afin de limiter le lessivage (pollution par les nitrates en particulier) et l'érosion des sols.
Afin de faciliter la gestion de l’enherbement, alterner les cultures salissantes (cultures poussant lentement ou avec peu de feuillage : carottes, oignons et pois) avec des cultures nettoyantes (cultures faisant beaucoup de feuillage et poussant rapidement ou pouvant être bien sarclées, comme les pommes de terre).
Intégrer autant que possible une culture dite «régénératrice du sol», comme un engrais vert d’une saison complète ou mieux, une prairie dans la séquence de rotation.
Remarque : Facteurs pratiques à considérer
En plus du principe d’alternance, plusieurs facteurs déterminent concrètement la rotation ou parfois son changement dans le temps.
En voici quelques-uns :
La superficie disponible : l’idéal est d’alterner une année d’engrais verts avec une à trois années de légumes, mais la fréquence à laquelle on peut consacrer une (ou plusieurs) saisons à un engrais vert dans la rotation dépend beaucoup de la superficie disponible.
Les caractéristiques des parcelles y compris la disponibilité du matériel conditionne les rotations. On parles de critères comme : les types de sol, l'exposition du terrain (ombrage ou pas, inondable ou pas, pente, cailloux ...), l'accessibilité de l’irrigation, le type d'irrigation, les possibilités de gestion de l'irrigation (programmable ou pas), la présence d'un drainage de surface ou souterrain, la distance du lieu d'habitation (surveillance, manutention, gibier ...), la présence d'une serre etc. ...
Les risques de maladies et de ravageurs : par exemple, dans un but de prévention des maladies, il est nécessaire d’avoir un intervalle de quatre ans entre deux cultures de crucifères sur une même parcelle. Cette exigence s’applique aussi à d’autres familles de légumes selon les maladies présentes. La quantité de crucifères cultivées (surface consacrée), le nombre d'espèces ou de variétés (dates de semis, durée du cycle) influence donc dans ce cas toutes les rotations.
Le contrôle des mauvaises herbes : idéalement, il faut prévoir une plantation ou un semis de légumes tardifs juste après une culture salissante (carottes, oignons). Cela donne la possibilité de faire plusieurs faux-semis avant la culture suivante et donc de bien nettoyer la parcelle ; mais c'est idéalement ...
Les contraintes techniques, comme la nécessité de semer des engrais verts. Cette pratique est un levier important dans la gestion des adventices (à condition que le couvert ne soit pas envahi de mauvaises herbes) et dans la gestion de la fertilité (apports de matière organique et apports d’éléments fertilisants pour la culture suivante). Lorsque la ferme n’est pas mécanisée, le semis d’engrais vert peut être facilement réalisé planche par planche. Lorsque la ferme est mécanisée, il peut être intéressant de regrouper les cultures qui sont semées tardivement afin de semer un engrais vert avant les semis et de regrouper les cultures récoltées tôt afin de mettre un engrais vert après la récolte.
Sans oublier :
La demande client et/ou rentabilité des cultures : critères souvent prépondérants
Les aléas ... climatiques, matériel ... qui amènent un bouleversement des calendriers et des rotations
Conseil :
Il est fortement conseillé d'intercaler des engrais verts chaque fois que cela est possible, et sur la période la plus longue possible.
Cela signifie une occupation du terrain (parcelles/planches) sur un intervalle minimal entre deux cultures de légumes de cinq à six mois sur la période automne-hiver et trois à quatre mois au printemps. Cet intervalle comprend le temps nécessaire à la croissance de l'engrais vert (deux à quatre mois), mais aussi la dégradation des résidus de culture après la destruction du couvert (un à deux mois selon la saison, la décomposition est plus rapide au printemps puisqu'il fait plus chaud) et aux faux semis éventuels.
Remarque :
Il y a souvent plusieurs rotations différentes selon le contexte de production :
rotation sous abri,
rotation sur les parcelles humides,
rotation sur les parcelles sèches, etc.
Ne serait-ce que pour des questions de calendrier de semis et/ou intervention (voir fichiers ci-dessous).
Si l'organisation de l'assolement et des rotations est simple en culture légumière de plein champ, elle devient plus complexe à mesure que le nombre de légumes et la fréquence des semis augmentent. Au-delà de quinze à vingt légumes, il s'agit d'un véritable casse-tête. Par contre, l'introduction d'engrais verts de longue durée ou d'autres cultures de vente (céréale, fourrage) simplifie la gestion de l'assolement en allongeant les rotations. Les risques sanitaires liés à un retour trop fréquent d'un même légume, d'une même famille ou d'un même type de légumes sont ainsi réduits.
L'enregistrement annuel du plan d'assolement réalisé est un complément indispensable au plan prévisionnel. Il y a souvent des écarts importants entre les deux, dus aux aléas climatiques, commerciaux, etc. Cet enregistrement doit être d'autant plus précis que le plan de rotation est complexe car il permet de procéder aux ajustements éventuels pour l’année suivante.
Complément : Calendriers de cultures Occitanie
Détails des règles d'alternances
Si le maraîcher doit prendre en compte de nombreux paramètres pour élaborer ses rotations.
la famille
l'organe consommé
les besoins en fertilisation
sont habituellement considérés comme les plus importants.
Fondamental :
En effet, en considérant ces 3 critères, on prend bien souvent en compte, de façon indirecte, la majorité des autres critères.
Exemple :
En prenant en compte les familles de légumes, on prend également en considération le risque de maladies ou encore le type de système racinaire (et donc la profondeur d’enracinement).
Principales classifications
Classification des légumes et des engrais verts selon les familles
La classification en familles est basée sur des similitudes anatomiques et physiologiques. L'aspect le plus important à prendre en compte dans l'élaboration des rotations concerne la sensibilité des espèces d'une même famille aux mêmes maladies et parasites, qui risquent de proliférer en cas de retour trop fréquent. On peut citer à titre d'exemple la mouche des crucifères (brassicacées) qui occasionne des dégâts importants sur les racines de chou, navet, radis, etc.
Familles | Légumes | Fréquence minimale de rotation | Engrais verts | Observations |
|---|---|---|---|---|
Chénopodiacées | Betterave, épinard, poirée | 4 ans | ||
Astéracées (composées) | Artichaut, cardon, chicorée, laitue, pissenlit, salsifis | 4 ans | ||
Brassicacées (crucifères) | Tous les choux, navet, radis, rutabaga, cresson | 2 à 4 ans | Moutarde, radis fourrager, navette, colza | La navette et le colza résistent bien au gel |
Cucurbitacées | Concombre, melon, courgette, courge, potiron, cornichon | 4 ans | Légumes exigeants en compost | |
Poacées (graminées) | Maïs doux | Variable selon l'espèce | Ray-grass d'Italie et anglais, céréales | Un grand nombre d'espèces «prairiales» |
Fabacées (légumineuses) | Fève, pois, haricot, lentille | 4 ans | Trèfle blanc, violet, incarnat Luzerne, pois, vesce | Captent l'azote de l'air. Association avantageuse avec les graminées |
Liliacées (Alliacées) | Ail, oignon, échalote, poireau, asperge, ciboulette | 5 ans | Association intéressante avec d'autres familles (ex. lutte contre la mouche de la carotte) | |
Apiacées (ombellifères) | Carotte, céleri, fenouil, panais, persil | 5 ans | ||
Solanacées | Pomme de terre, aubergine, poivron, piment, tomate | 2 à 4 ans (si possible plus) | Légumes exigeants en compost. Rotation souvent trop courte sous abri | |
Autres familles | Fraise (rosacée) Mâche (valérianacée) Crosne, thym, sarriette, origan, menthe (Lamiaceae [labiées]) | 4 ans 2 ans | Phacélie (hydrophylacée) |
Attention :
Attention à certains pathogènes, importants et communs à plusieurs espèces :
Nématodes, vers microscopiques parasites
Maladies communes : rouille, botrytis, pythium, sclerotinia, fusarium.
Ravageurs communs : pucerons, thrips, acariens, arthropodes (hanneton, taupin, tipule, vers gris, noctuelles défoliatrices), mollusques (limaces) coléoptères (harpales), rongeurs (campagnols et mulots)
le taupin, la courtilière s'attaquent à tous les légumes sauf aux choux, aux poireaux et aux oignons.
Certains virus comme la mosaïque du concombre qui se transmet non seulement aux cucurbitacées mais aussi aux solanacées (tomate, piment…)
Classification des légumes selon l’organe consommé
Organe consommé | Exemple de légume |
|---|---|
Feuille | Céleri blanche, chou pomme, épinard, laitue, mâche, poireau, poirée, … |
Fleur | Artichaut, chou brocoli, chou-fleur, … |
Fruits | Aubergine, concombre, courgette, fraise, haricot, poivron, potiron, tomate, … |
Racine | betterave, carotte, céleri rave, navet, radis. Les légumes bulbes (ail, échalote, oignon) sont souvent intégrés dans ce groupe ainsi que les tubercules (pomme de terre, topinambour) par souci de simplification bien qu'ils soient différents. |
Plus précisément
Groupe de légume | Exemple de légume |
|---|---|
Légumes feuilles | Chou pomme, Chou de Bruxelles, Chou-fleur, Laitue, Chicorée, Epinard, Fenouil, Poireau, Céleri, Coriandre, cardon |
Légumes racines | Betterave, Carotte, Navet, radis |
Légumes tubéreux | Pomme de terre, Topinambour, Patate douce |
Légumineuses | Fève, Haricot, Petit pois |
Légumes vivaces | Artichaut, Asperge, fraisier |
Légumes fruits | Aubergine, Concombre et cornichon, Poivron, Tomate, Courge, melon |
Classification des légumes en fonction des besoins en éléments fertilisants
On distingue habituellement :
Les plantes exigeantes | l'artichaut (première année), le céleri, les choux, l'épinard, les cucurbitacées, les solanacées, le fenouil, la fraise (première année), le maïs. |
|---|---|
Les plantes moyennement exigeantes | l'asperge, le poireau, la carotte, l'endive, les légumineuses (sauf en azote), la laitue, l'oignon. On peut y ajouter l'artichaut et la fraise à partir de la deuxième année. |
Les plantes peu exigeantes | l'ail, l'échalote, le radis, le navet, la mâche, les plantes aromatiques et médicinales qui se contentent souvent des reliquats des cultures précédentes. |
Attention :
Bien entendu ce classement est à moduler en fonction de l'objectif de rendement que l'on vise: si un producteur espère 2 kg de tomate par pied en plein champ, il apportera moins de fumure que s'il vise 6 kg par pied sous abri.
Ce classement doit aussi être affiné en fonction de la nature des fertilisants les mieux adaptés à chaque légume. Par exemple les cucurbitacées et les solanacées profitent bien d'un apport important de matière organique même assez peu décomposée. Par contre les liliacées (sauf le poireau), l'endive, la carotte supportent mal tout amendement organique (sauf un compost très mûr au moins trois mois avant l'implantation). Enfin l'artichaut, le céleri, les choux, l'épinard, la poirée, le poireau composent une catégorie intermédiaire qui supporte bien un compost mûr peu de temps avant le semis ou la plantation.