Les amendements organiques
L’apport d’amendements organiques est destiné à améliorer la qualité des sols (en termes de structure, de taux de MO…). Néanmoins, ils contiennent souvent des quantités non négligeables d'éléments nutritifs qu’il convient de prendre en compte dans le bilan de fertilisation.
Les amendements organiques peuvent être de différents types :
les effluents d’élevage,
les débris végétaux,
les composts.
Le délai entre l’apport et la mise en culture sera fonction de la stabilité du produit et de la sensibilité de la culture. En effet, il peut y avoir des risques de faim d’azote avec les déchets ligneux peu compostés (ex : le BRF) et des risques de brûlure des racines par des fumiers frais apporté juste avant une plantation.
Les effluents d'élevage
Ils sont aussi appelés engrais de ferme et peuvent être de 2 types :
Fumier : Mélange plus ou moins fermenté de litières et de déjections animales.
Lisier : Mélange, sous forme liquide, des excréments et des urines des bovins, porcins et ovins, avec quelques débris de fourrage et peu ou pas de litière.
La composition en éléments fertilisants de ces différents amendements est très variable d’un produit à l’autre.
Composition de différents effluents
Le tableau suivant indique les teneurs en N, P et K des principaux types de fumiers et lisiers :
Type de produit | Teneur en Kg / Tonne de produit brut | |||
|---|---|---|---|---|
N | P | K | ||
Fumier | ||||
Bovins | Très compact de litière accumulée | 5 | 3.2 | 7 |
Aire d’exercice, stockage < 2 mois | 5 | 2.5 | 6.5 | |
Aire d’exercice, stockage > 2 mois | 4 | 2.2 | 5 | |
Ovins | Litière accumulée | 6.7 | 4 | 12 |
Caprins | Litière accumulée | 6.1 | 5.2 | 5.7 |
Volailles | Poulets de chair (sortie bâtiments) | 22.8 | 13.8 | 19 |
Cheval | Teneurs variables selon le mode d’entretien | 8.2 | 3.2 | 9 |
Lisiers et fientes | ||||
Bovins | Aire d’exercice | 2.2 | 1 | 3 |
Porcins | A l’engrais | 5.6 | 3.3 | 4.8 |
Volailles | Poules pondeuses (après séchage) | 35 | 37 | 24 |
Sources : Arvalis et Equipédia IFCE | ||||
Coefficient d’équivalence engrais
Dans les cas des engrais de ferme, la totalité de l’azote qu’ils contiennent n’est pas directement assimilable par la culture en place. En effet, une partie correspond à de l’azote organique qui doit d’abord subir un processus de minéralisation. Le temps pris par cette réaction dépend de la nature de l'engrais de ferme et de la fréquence et la période des apports.
Pour chacun des engrais de ferme apporté, il faut donc pondérer la quantité brute d'azote contenue dans cet engrais par un coefficient d'équivalence engrais afin de déterminer la quantité d’azote disponible pour la culture en cours.
L’arbre de décision suivant vous permet de déterminer le coefficient d’équivalence engrais pour différents engrais de ferme.
Exemple :
Si vous apportez occasionnellement à l’automne, 20 tonnes/ha de fumier d'ovins sur une culture d'automne, quelle sera la quantité d'azote disponible pour cette culture ?
Quantité de N : 20 x 6,7 x 0,15 = 20,1 kg/ha d'azote apporté et rendu disponible pour cette culture.
Quantité de P apporté : 20 x 4 x 1 = 80 kg/ha de P
Quantité de K apporté : 20 x 12 x 1 = 240 kg/ha de K
Les composts
Principe du compostage
Le compostage peut se définir comme un procédé contrôlé, de décomposition, de transformation de matières organiques fraîches (fumiers, lisiers, débris végétaux, etc.) sous l'action de populations microbiennes et en présence d'air afin d'obtenir un produit stabilisé, riche en composés humiques, sain, et bien décomposé.
Le principe tient à l'aération, généralement mécanique d'un tas initial de matière organique fraîche (d’origine animal et/ou végétale) afin d'activer les processus microbiens. Cela se traduit visuellement par une diminution du volume pouvant atteindre les deux tiers, et jusqu’à 50 % de la masse, par dégagement de gaz carbonique et d'eau suite à l'élévation de température.
L’opération de compostage est caractérisée à la fois par :
une élévation de température
une réduction de volume
une modification de la composition chimique et biochimique
un assainissement au niveau des pathogènes, des graines d’adventices et de certains résidus.
Elle doit comporter un ajout de matière carbonée (ex : paille ou BRF) et un ajustement de la teneur en eau, si nécessaire.
Parmi les composts, il existe :
Les composts de déchets verts (mélange composté de matières végétales) et autres sous-produits végétaux : produits relativement peu coûteux
Les composts « du commerce » Leur intérêt se situe au niveau de la facilité d’épandage (bouchons) et de l’absence de délais avant la mise en culture mais leur coût est élevé.
Les composts de champignonnières, lombricompost ...
Les composts de bio-déchets des ménages.
Les fumiers compostés.
Avantages du compostage
Le compostage permet d’obtenir un amendement relativement assaini, applicable à l’ensemble des cultures, qui accroît le taux d’humus du sol et stimule son activité microbienne.
Permet de contrôler les pertes en éléments fertilisants. Ces pertes ne sont pas totalement inexistantes notamment les pertes d’azote par volatilisation. Mais elles sont bien moindres que lors d’un épandage de fumier frais par exemple.
Le compostage assure une désodorisation des effluents d’élevage. En effet, les micro-organismes responsables du compostage recyclent l’azote ammoniacal responsable des mauvaises odeurs.
Le compostage permet la destruction de certains germes pathogènes et de certaines graines d’adventices (avantage non négligeable en Agriculture Biologique).
Les quantités d’amendement à stocker et à épandre sont plus faibles que pour de la matière organique fraîche.
Inconvénients et limites du compostage
Certains parasites et pathogènes ne sont pas détruits.
Les éléments traces métalliques (métaux lourds) présents dans la matière organique fraîche de départ ne sont pas éliminés et sont même au contraire concentrés du fait de la diminution de volume.
L’azote est stabilisé dans le compost ce qui présente un avantage du point de vue environnemental (moins de lessivage) mais un inconvénient pour la culture en place car il est moins disponible. Sa libération dépend beaucoup du climat et du type de sol.
Composition de différents composts
La teneur en éléments fertilisants (N, P et K) est très variable selon les matériaux utilisés et les conditions de compostage. Le tableau suivant présente la composition de différents types de composts :
Type de compost | Teneur en Kg / T de produit brut | ||
|---|---|---|---|
N | P | K | |
Compost de déchets verts | 8.3 | 2.9 | 7.3 |
Compost d’ordures ménagères | 7.3 | 2.8 | 3.8 |
Compost de fumier de bovins | 8 | 5 | 14 |
Compost de fumier d’ovins | 11.5 | 7 | 23 |
Compost de fumier porcin (litière accumulée) | 7.6 | 10.2 | 14.7 |
Compost de fumier porcin (litière raclées) | 11 | 18.3 | 20.8 |
Compost de fumier de poulets | 24.9 | 28 | 25 |
Source : Arvalis | |||
Disponibilité des éléments
Les éléments minéraux contenus dans les composts ne sont pas directement assimilables par les plantes. Seule la fraction minérale est assimilable par la culture. La fraction organique doit d’abord subir un processus de minéralisation.
Disponibilité en azote
Le principe est le même que pour les engrais de fermes. Pour déterminer la quantité d’azote disponible pour la culture en cours, il faut pondérer la quantité brute d'azote contenue dans le compost par un coefficient d'équivalence engrais. Ce coefficient dépend du type de compost et de la période à laquelle il est épandu.
Le tableau suivant indique le coefficient d’équivalence pour différents composts et différentes périodes d’apport.
Type de compost | Culture d’automne | Culture de printemps | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
Apport d’automne | Apport de printemps | Apport d’automne | Apport de printemps | |||
Sans incorporation | Avec incorporation | |||||
Compost de déchets verts | 0.05 | 0.10 | 0.10 | 0.10 | 0.10 | |
Compost d’ordures ménagères | 0.05 | 0.10 | 0.10 | 0.10 | 0.10 | |
Compost de fumier de bovins | Compost jeune (moins de 6 mois) | 0.11 | 0.10 | 0.20 | 0.20 | 0.25 |
Compost de plus de 6 mois | 0.10 | 0.10 | 0.15 | 0.10 | 0.15 | |
Compost de fumier d’ovins | 0.17 | 0.20 | 0.20 | 0.20 | 0.30 | |
Compost de fumier porcin | Compost jeune (moins de 6 mois) | 0.07 | 0.40 | 0.20 | 0.40 | 0.45 |
Compost de plus de 6 mois | 0.07 | 0.20 | 0.20 | 0.20 | 0.25 | |
Compost de fumier de poulets | 0.14 | 0.40 | 0.14 | 0.35 | 0.45 | |
Source : annexe de l'arrêté établissant le référentiel régional de mise en œuvre de l’équilibre de la fertilisation azotée en Midi Pyrénées | ||||||
On peut également tenir compte de l’azote disponible du fait des apports de compost qui ont été pratiqués les années précédente. C'est ce qu'on appelle les arrières effets. La quantité d’azote issu de la minéralisation des apports de composts des années précédant la culture en cours dépend de la fréquence des apports et de la quantité moyenne de compost épandu.
Le tableau suivant indique le nombre d’unités d’azote disponible pour différents type de composts et différentes fréquences d’apport : de 1 fois en 10 ans, à 1 fois par an (10 fois en 10 ans), pour une dose moyenne correspondant à 100 kg de N total /ha.

Disponibilité pour P et K
30 à 40% du phosphate (P) est disponible l’année de l’apport.
100% du potassium (K) est disponible l’année de l’apport.
Les autres amendements organiques
Il existe une multitude d’amendements organiques possibles.
Pour les amendements du commerce, la composition en N, P et K est spécifiée sur l’étiquette du produit (en pourcentage, comme pour les engrais).
Cependant, il est souvent très difficile d’obtenir des données concernant les matériaux utilisés pour pratiquer des paillages organiques sur les cultures maraichères (ex : tonte, BRF, paille…) car la composition de ces matériaux est extrêmement variable. Pourtant, lors de leur décomposition, ces paillages apportent des éléments minéraux qui ont un impact sur la fertilisation de la culture.
Le tableau suivant permet d’avoir un ordre de grandeur de la composition en N, P et K de différents paillages organiques :
N (en Kg/T) | P (en Kg/T) | K (en Kg/T) | Rapport C/N | |
|---|---|---|---|---|
Foin | 13 | 4 | 15 | 25 à 30 |
Paille | 7 | 2 | 12 | 50 à 150 |
BRF | 5.5 | 2 | 4 | 50 à 150 |
Feuilles mortes | 1.5 à 3 | 2 | ? | 20 à 60 |
Tonte de gazon | 7 | 1.6 | 5.5 | 10 à 12 |
Source : Didier Helmstetter, Le potager du paresseux | ||||
Cependant, la disponibilité des éléments dépend beaucoup de la vitesse de dégradation et de minéralisation de la matière apportée. Donc les éléments N, P et K ne seront probablement pas disponibles en totalité pour la culture en place mais seront relargués au fur et à mesure de la minéralisation du paillage. Donc pour la culture en place, il convient d’appliquer un coefficient d’équivalence.
De plus, les matériaux dont le rapport C/N est élevé (matériaux riches en carbone et pauvres en azote), tels que le BFR ou encore la paille, risquent d’entrainer des phénomènes de faim d’azote. C’est-à-dire que, pour dégrader ces matériaux très carbonés, les micro-organismes du sol vont mobiliser de l’azote minéral dans sol (pour leurs besoins métaboliques : synthèse de protéines, d’ADN…). Cela crée alors une concurrence pour l’azote du sol entre les micro-organismes et la culture en place. Cela se manifeste par des symptômes de carence en azote pour la culture.
Cet appauvrissement du sol en azote est temporaire. En effet, il sera restitué plus tard, lors de la mort de ces décomposeurs ou de leur incorporation dans les chaînes alimentaires du sol.
Lors de l’apport de ce type d’amendement, il convient donc de prendre en compte le risque d’effet dépressif sur la nutrition azotée de la culture. Il est difficile de trouver des chiffres précis pour calculer cet effet dépressif. Cependant, on considère généralement que :
1 t de paille incorporée au sol va mobiliser entre 10 et 15 kg de N/ha.
Au cours de la première année d’incorporation, le BRF provoque l’immobilisation de 25% d’azote + 8% par dose de 100m3/ha de BRF.
Exemple :
Dans le cas d’un apport de BRF 100m3/ha : il faut alors considérer qu’il y a une immobilisation de 33% (25 + 8) de l’azote fourni par le sol (la minéralisation de l’humus, le reliquat…) mais également de l’azote apporté par les fertilisant et amendement (engrais, fumier, compost…)

